Polars
L’œil du chien enragé, de Yuko Yuzuki

L’œil du chien enragé, de Yuko Yuzuki

07 avril 2021 | PAR La Rédaction

Il est des modes dans le monde du polar, comme dans celui de la haute couture. Les années de guerre froide et d’après-guerre mirent en exergue le roman noir américain. Depuis le début du 21ème siècle, la littérature policière scandinave a irrigué nos sociétés. Voilà venu, le temps du roman noir asiatique, coréen et japonais. Le pays du soleil levant est à l’honneur avec des auteurs de grande valeur, comme Yûko Yuzuki.

Par Bernard Massoubre

Meurtre chez les yakuzas

Le jeune lieutenant Hioka a travaillé avec le commandant Ogami, réputé comme étant le meilleur policier du Japon. Celui-ci décède au cours d’une enquête menée chez les yakusas. Après avoir témoigné sur les circonstances de cette mort brutale, Hioka est muté à la campagne par sa hiérarchie. La vie lui semble monotone. De retour à Hiroshima pour des raisons familiales, il rencontre Hirô Kunimitsu (dit Le chien enragé), recherché par toutes les polices du pays. Le mafieux souhaite passer un accord tacite avec le lieutenant. Celui-ci lui laisse mener à bien ses affaires et ensuite, il se laissera arrêter. C’est l’heure de la guerre des gangs, de la reprise des règlements de comptes. La violence appelle toujours la violence. Et quelle partition joue le lieutenant Hioka dans cette affaire ? Où est le bien, et où est le mal ?

Entre roman noir et documentaire

Le roman est bien écrit, sans emphase ni légèreté. L’intrigue est de qualité. La description de la société nippone nous renvoie à Simenon : les activités de la Police et des truands, mais aussi la vie des petites gens. Les assassinats n’occultent pas la vie quotidienne, ils l’agrémentent. En mal. C’est une plongée dans la civilisation japonaise, peu miscible à notre culture européenne. Là-bas, les codes sont importants : l’honneur, mais aussi le respect et la politesse. Comme l’écrit Yûko Yuzuki : « Deux mondes se côtoyaient sans jamais se confondre tout à fait : la justice des hommes et la morale des yakuzas ». Néanmoins, certains sentiments rendent le polar universel : la jalousie et la haine, par exemple. « L’œil du chien enragé » n’est pas un reportage sur les yakusas, c’est un reportage avec les yakusas. Le lecteur découvre ce qu’il croyait connaître : un monde hiérarchisé et ritualisé, avec ses fédérations et ses gangs. On s’entretue, mais parfois après avoir partagé la viande de Kobe et bu du saké autour d’une table. Comme toutes les mafias, les yakusas font peur et fascinent. Ils sont le reflet d’une communauté japonaise. Les gangs n’existent qu’à travers la sociologie, et l’histoire, de leur pays. L’étude psychologique des personnages principaux est avérée. Le policier Hioka et le yakusa Kunimitsu ont des rapports complexes et ambigus. Entre eux, la fascination est réciproque, malsaine parfois. On confond parfois le code de l’Honneur des mafieux et l’honneur des policiers à accomplir leur tâche. En Orient, rien n’est simple.

Yuko Yuzuki, L’œil du chien enragé, Atelier Akatombo, trad. M. Beck et S. de Torquat, sortie le 21 janvier 2021.  

Yûko Yuzuki est née en 1968 au Japon. Elle connait un succès grandissant, récompensé par plusieurs prix littéraires. « Le Loup d’Hiroshima » est son premier roman traduit en France. « L’œil du chien enragé » est le second. Ce polar est édité par Atelier Akatombo. Cette maison d’édition, créée en 2018, est spécialisée dans la littérature japonaise. Le roman noir représente une grande partie du catalogue. On peut y découvrir d’autres auteurs, comme Tetsuya Honda. Akatombo, la « libellule rouge », naît en octobre, période où la douceur des températures et de la lumière, incite au plaisir, un livre à la main.

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