Polars
La sélection polars du printemps de Toute la Culture

La sélection polars du printemps de Toute la Culture

11 avril 2015 | PAR Audrey Chaix

Même si les romans policiers se dégustent quelle que soit la saison, Toute la Culture vous a préparé une petite sélection de polars parmi les dernières sorties chez les éditeurs. Quatre nationalités différentes, quatre auteurs aux univers personnels, et quatre histoires qui font des frissons dans le dos… pour notre plus grand plaisir !

finsterauFinsterau, d’Andrea Maria Schenkel

Dans un petit village bavarois, juste après la Seconde guerre mondiale, une jeune femme et son enfant illégitime sont retrouvés morts dans la maison familiale. Très vite, les soupçons se portent sur le père d’Afra, qui n’a jamais accepté la naissance du petit bâtard. Cependant, bien des années après, un client un peu trop aviné confie à un aubergiste que l’enquête a été bâclée, et que ce n’est pas le vrai coupable qui a été emprisonné…

Ce cold case, sur fond de sombre histoire familiale, tient sur une petite centaine de pages. Cent pages qui, si possible, doivent se lire d’une traite pour mieux appréhender le travail de reconstitution de l’enquêteur, et surtout le travail d’écoute de l’auteur, qui va et vient entre les deux époques, celle où le crime a été commis, et celle où il est en passe d’être enfin résolu. Sans en faire trop, Schenkel parvient à recréer l’atmosphère glaçante d’une famille brisée par le scandale, aussi bien qu’elle évoque une société mise à terre par le conflit qui vient de déchirer l’Europe.

Surtout, Finsterau est de ces romans policiers à la fin duquel on se rend compte que finalement, connaître l’identité du meurtrier n’était pas si important que cela : c’est la personnalité des protagonistes, et l’observation fine et pertinente des relations sociales qui les lient entre eux, qui sont le véritable sujet du roman.

Finsterau, d’Andrea Maria Schenkel. Traduit de l’allemand par Stéphanie Lux. Editions Actes Sud Actes Noirs. Paru en février 2015. 112 p. Prix : 12,50 €.

un-lieu-secret-actes-sud

Un lieu secret, de David Bell

Autre pays, autre temps, mais Un lieu secret est aussi l’histoire d’un cold case. Le roman commence avec le triste anniversaire de la disparition de Justin, le petit frère de Janet, qui avait sept ans à l’époque du drame. Vingt-cinq ans que le garçon a été enlevé et assassiné alors qu’il jouait au parc avec sa sœur. Coïncidence troublante : l’anniversaire de sa mort est aussi le jour de la sortie de prison de Dante Rogers, le jeune Noir qui a été accusé du meurtre de Justin. Et surtout, c’est à ce même moment que surgissent, dans l’esprit de Janet, des doutes quant à l’identité du véritable assassin de son frère.

David Bell signe ici un roman très prenant, qui dissèque les difficultés d’une famille frappée par le drame à retrouver ses marques. Si la mère de Justin n’a pas survécu longtemps à son fils, les trois membres de la famille qui sont toujours là gèrent leur deuil chacun de leur manière : le père s’enferme dans sa maison et devant sa télévision. Janet ne cesse de repenser à cette journée, dont elle a été témoin, et culpabilise de penser que son témoignage a peut-être envoyé un innocent en prison. Quant à Ashleigh, la fille adolescente de Janet, qui n’a même pas connu Justin, elle joue aux aventurières, dans une sorte de curiosité morbide, pour tenter de comprendre ce qui a pu arriver à son oncle.

Avec un dénouement aussi surprenant que réussi, et une exploration fascinante d’une petite ville du Midwest frappée par la crise, le roman de David Bell est une belle découverte.

Un lieu secret, de David Bell. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claire-Marie Lévy. Éditions Actes Sud Actes Noirs. Paru en janvier 2015. 336 p. Prix : 22,50 €.

danser-avec-le-diableDanser avec le diable, de Maud Tabachnik

Dans les rues de San Francisco sévit un tueur en série psychopathe, terrifiant : Francis Holme, insaisissable SDF, laisse dans son sillage un nombre impressionnant de victimes. L’enquêteur en charge de le traquer, Boris Berezovsky, est le fils d’immigrés russes chassés par le communisme stalinien de leur pays natal. Alors qu’il tente d’arrêter Holme, il doit aussi faire face aux démons familiaux qui ressurgissent soudainement : son cousin, un oligarque russe, s’est suicidé à Londres quelques mois auparavant, et de trop nombreux individus louches, du MI5 au FSB, en passant par la mafia russe locale, en veulent à la vie du père de Berezovksy, qui a l’air d’en savoir beaucoup plus qu’il ne veut bien laisser le croire.

Si l’idée de présenter le tueur en série au lecteur dès les premières pages est bonne, l’économie globale du roman de Maud Tabachnik laisse une impression de déséquilibre assez gênante dans la lecture : en effet, les chapitres consacrés à Holme et à sa traque par les services de police de San Francisco sont prenants, d’autant plus que la personnalité du tueur est finement disséquée. Malheureusement, l’intrigue parallèle, qui voit se déployer les vestiges de la guerre froide, ralentit l’action avec une histoire datée qui n’intéresse plus guère. Un roman dont, finalement, on aura aimé que la moitié – et le final, bien sûr, aussi inattendu que surprenant.

Danser avec le diable, de Maud Tabachnik. Editions Albin Michel. Paru en mars 2015. 400 p. Prix : 20,90 €.

lignes-de-fuite-flammarionLignes de fuite, de Val McDermid

La reine écossaise du crime revient avec Lignes de fuite, un roman policier qui va bien au-delà de la simple enquête. Lors d’une escale dans un aéroport américain, alors qu’elle se rend en vacances, l’Anglaise Stephanie Harker voit son fils se faire enlever sous ses yeux. Elle donne aussitôt l’alerte, mais les services de sécurité de l’aéroport la prennent pour une déséquilibrée et la neutralisent à coups de taser. Quand Vivian, un agent du FBI, la prend enfin au sérieux, il est trop tard : Jimmy a disparu. Stephanie explique alors à Vivian, chargée de retrouver l’enfant, la longue histoire de sa naissance, qui cache peut-être les raisons de son enlèvement.

Le kidnapping de Jimmy devient alors le prétexte de l’histoire de la relation entre Stephanie et Scarlett, une jeune femme issue d’un milieu défavorisé, et propulsée dans la célébrité par une émission de télé réalité. Si le procédé est assez peu crédible – aucun agent du FBI ne passerait autant de temps à écouter un tel roman alors que la vie d’un enfant est en jeu, l’histoire racontée, elle, est passionnante, et, page après page, le livre se dévore alors que l’on suit le parcours de Scarlett. Reflet d’une société ultra médiatisée, où la célébrité repose sur des fondements très fragiles, et surtout où tout est prétexte à manipulation, Lignes de fuite joue très habilement avec son lecteur pour le surprendre et l’embarquer dans une histoire rocambolesque. C’est facile, mais ça fonctionne très bien, du premier chapitre au dénouement.

Lignes de fuite, de Val McDermid. Traduit de l’anglais par Perrine Chambon et Arnaud Baignot. Éditions Flammation. Paru le 18 mars 2015. 464 p. Prix : 21 €.

« Le cœur qui tourne », de Donal Ryan : un poignant roman choral sur fond de crise irlandaise
« Au lac des bois » de Tim O’Brien, un roman terrifiant sur la nature humaine.
Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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