Polars

« Jake » de Bryan Reardon : De la difficulté d’être père

« Jake » de Bryan Reardon : De la difficulté d’être père

26 mars 2018 | PAR Julien Coquet

Simon Connolly, père de deux adorables enfants, voit sa vie basculer lorsque son fils est accusé d’être le principal suspect d’une tuerie de masse.

C’est un roman qui sera encore d’actualité pendant quelques temps aux États-Unis. Un roman court et puissant qui traite des armes à feu et des tueries de masse qui se passent régulièrement dans les lycées. Pour autant, le roman utilise plutôt comme toile de fonds un événement violent pour mener une réflexion sur la difficulté à être parent.

Simon Connolly a la particularité d’être père au foyer. Alors que sa femme travaille en tant qu’avocate dans un important cabinet, lui s’occupe de leurs deux enfants : les mener à l’école, au sport, chez leurs copains, aux anniversaires. Mais Simon n’est pas à l’aise avec ce rôle, les mères des amis de ses enfants sont quelque peu sceptiques de voir un père s’acquitter des tâches domestiques et lui-même éprouve souvent le regret d’avoir abandonné sa carrière. Peu importe, Simon essaye d’être un bon père, quitte à protéger ses enfants de relations qu’il juge indésirables. Pourquoi son fils Jake s’attache-t-il à Doug Martin-Klein, un garçon que tout le monde trouve bizarre ? Toute cette existence paisible se transforme en cauchemar le jour où Doug fait feu sur des camarades de classe avant de se tirer une balle dans la tête. Jake est introuvable : est-il complice ? Alors qu’un gardien du lycée affirme avoir vu deux tueurs, Jake est vite soupçonné.

C’est le combat de Simon que l’on suit, celui d’un père qui ne doute pas de l’innocence de son fils. La pression des médis et celle des parents des victimes crée tout de même une brèche dans l’argumentaire du père au foyer : et si je n’avais rien vu ? Serait-ce possible que mon propre fils ait décidé d’assassiner ses camarades ? Le roman alterne entre la situation actuelle et les souvenirs qui expliqueraient l’acte de Jake. On est souvent pris au tripes par ce roman qui traite de la responsabilité et de la difficulté d’être père. Bryan Reardon a l’intelligence de ne jamais juger ses personnages et, plutôt que de se focaliser sur le côté sensationnel de l’histoire (la tuerie), l’auteur se concentre sur la cellule familiale qui vole en éclat à cause du doute, sur les médias à la recherche de sensations et sur les familles brisées car victimes collatérales.

« Je me rends compte que je suis en train de faire exactement la même chose que Rachel au début de notre conversation. J’énonce comme un fait quelque chose qui n’est rien d’autre qu’une intime conviction. Le doute s’immisce déjà entre les lignes, mais je pense vraiment ce que je dis. Je suis convaincu à cent pour cent que Jake n’a tiré sur personne, mais n’est-ce pas ce que n’importe quel parent penserait ? »

Jake, Bryan Reardon, Gallimard, Collection Série noire, 352 pages, 21€

Lettres à Elise au Théâtre de l’Atalante
Sacha Ghozlan : « Aujourd’hui la législation française n’est pas suffisante »
Julien Coquet

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *