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« Il » de Derek Van Arman, serial killing sans surprise…

« Il » de Derek Van Arman, serial killing sans surprise…

22 avril 2013 | PAR Le Barbu

83534979_o« Il » est le seul roman de Derek Van Arman. Dans ce polar Dereck (nous ne savons rien sur l’auteur à part son pseudo) nous donne un aperçu réaliste sur les méthodes d’investigation de la police américaine. À tel point qu’il a été mis en examen par le FBI afin qu’il livre les sources lui ayant permis d’être aussi proche de la réalité. Problèmes judiciaires qui expliquent pourquoi ce livre, paru aux Etats-Unis en 1992 et immédiatement devenu culte, est resté inédit en France avant que les éditions Sonatines le publient en février 2013.

« Il » met en scène Jake Scott, un vieux policier proche de la retraite, fatigué et un peu aigri. Il a tout vu, tout connu et possède une vaste expérience du milieu criminel américain. Directeur du département fédéral des crimes violents et spécialiste des serial killers, il enseigne également aux futurs policiers, les mystères de ces personnes violentes, leurs motivations, leurs pulsions et leurs façons de faire. En bref, mieux les connaître pour plus vite les attraper. Scott travaille surtout dans une cellule de contrôle de toutes les opérations criminelles aux États-Unis, le VICAT (Violent Criminal Apprehension Team) où toutes les informations sur ces crimes violents sont traitées, analysées et synthétisées pour faciliter le travail des policiers sur le terrain. Un crime crapuleux amène Jake Scott à retourner sur le terrain. Une femme et ses deux enfants sont assassinés. Et de façon sordide: l’assassin a théâtralisé les corps des victimes dans une mise en scène macabre pour un spectacle d’horreur.

Au même moment, un jeune garçon de 10 ans (et son chien à trois pattes …), Elmer Janson, découvre les ossements d’une toute jeune fille, enterrés près d’un bowling désaffecté. Avec le corps, l’enfant retrouve une pièce de monnaie ou peut-être une médaille, qui semble remonter à l’époque de l’esclavage. Le mystère s’épaissit. Au fil de l’enquête, on apprendra que ce terrain vague, à l’abandon, a été le théâtre d’une histoire sordide … Le policier Frank Rivers retrouve en ce petit garçon une image qui lui reflète sa propre enfance et il voudra le protéger, lui et sa mère, des éventuelles retombées criminelles liées à la découverte de ce corps.

 « … le petit Elmer Janson et son chien è trois pattes étaient l’âme d’une ville qui, par ailleurs, était totalement impitoyable et indifférente. En vérité, le geste de générosité d’Elmer avait en partie restauré sa foi dans cette ville où il avait grandi. Pas sa foi en l’humanité: il l’avait perdue il y a bien longtemps.»

Ajoutons à ces enquêtes, un troisième élément … Deux tordus sèment la mort, partout où ils passent. Un indice ? Un des deux semble éprouver un certain remords. Sera-ce suffisant pour arrêter leur carnage ? Serait-ce relié à la disparition de jeunes filles retrouvées affreusement mutilées ?

 « … un tueur éprouvant un soupçon d’émotion est un tueur que l’on peut capturer.»

« Il » est un très bon ouvrage pour les passionnés de serials killers qui ne sont jamais rassasiés. Mais comparer ce roman au Dahlia noir, de James Ellroy, ou au Silence des agneaux, de Thomas Harris, est peut-être un peu fort. Le serial killer est devenu un nouveau héros populaire et médiatique. On ne compte plus les romans, ouvrages, films, séries et autres productions qui lui sont dédiés. Les serials killers sont partout, sont devenus banals dans nos vies, presque attachants. On connaît les rituels et les motivations par cœur. Les personnages sont éternellement les mêmes, aussi bien les flics que les tueurs. Les profils psychologiques proposés dans « Il » n’ont rien de novateur. Il n’y a aucune surprise. Nous ne sommes pas en train de dire que le roman est mauvais. Mais nous sommes au bord de l’overdose concernant le sujet.

Extrait :

 « – Hé, attendez une minute ! s’exclama Rivers, qui venait subitement de saisir. C’est cela que je n’avais pas compris chez vous, fit-il, en s’enflammant soudain. Vous vous servez de vos sentiments pour interpréter une scène de crime !

– Très juste, Frank, sourit-il. Cela s’appelle une lecture émotionnelle, perception et imagination, du même ordre que celles que pratiquent l’écrivain ou le peintre. J’ai appris à affiner la mienne pour en faire une sorte d’art et ce n’est pas une exagération.»

“Il” de Derek Van Arman, Sonatina, 768 pages, 23 euros.

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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