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« Fausse piste » de James Crumley : Un polar à l’haleine alcoolisée

« Fausse piste » de James Crumley : Un polar à l’haleine alcoolisée

05 janvier 2019 | PAR Julien Coquet

A Meriwether, dans le Montana, le détective privé Milodragovitch découvre qu’il y a décidément bien trop de morts dans une si petite ville…

Il serait intéressant de mener une étude du vocabulaire de Fausse piste : combien de mots se réfèrent à l’alcool dans le roman ? Chez James Crumley, on n’est jamais sobre. Chaque personnage se doit de posséder un verre à la main plutôt qu’une cigarette, whiskey ou bière, peu importe tant que l’ivresse de l’alcool gagne, ivresse qui permet de supporter une vie difficile dans une petite ville du Montana. Milo Milodragovitch, détective privé et personnage principal, est le premier à reconnaître le caractère minable de sa vie : « Mon père était alcoolique, ma mère était alcoolique et suicidaire, et ma vie n’a pas été jolie, jolie. Je n’ai pas de caractère, pas de morale, pas de religion, pas de but dans la vie, si ce n’est, comme disait Simon, celui de faire aller. Tu trouves ça vraiment étonnant, que je boive ?« 

Pourtant, avant de s’en caler un dans le gosier, Milo doit résoudre l’enquête pour laquelle il a été engagée par la jeune et très belle Helen Duffy, frère d’un jeune homme au-dessus de tout soupçon qui a disparu depuis trois semaines. En creusant un peu, Milo découvre que le jeune homme, Raymond, n’était pas si blanc que ça, vivait mal son homosexualité et ne travaillait peut-être pas tant à sa thèse, comme il souhaitait le faire croire. Et d’où vient toute cette drogue qui se déverse dans la ville, faisant des ravages parmi les hippies aux cheveux longs ? Pourquoi l’hôtel qui abritait Raymond et son compagnon a-t-il brûlé ?

Autant le dire tout de suite aux amateurs d’enquêtes tordues : dans Fausse piste, Crumley prend plutôt le roman policier comme cadre pour faire le portrait du Montana qu’il a habité et aimé plus de quarante ans. La nouvelle traduction intégrale de Jacques Mailhos rend parfaitement l’ambiance poisseuse qui colle à la ville et un style qui analyse un certain désespoir « dans un monde où les politiciens étaient à vendre, mais à des prix surestimés. Où les conglomérats géants hurlaient les idéaux du capitalisme, puis s’accordaient pour signer des ententes illicites sur les prix ». De cette mélancolie ambiante ressort tout de même un humour noir et corrosif : l’œuvre de James Crumley, l’un des plus grands auteurs de romans noirs contemporains, reste à découvrir pour toute une nouvelle génération d’amateurs de romans policiers.

« Le bar de Stone River n’était qu’un bar, et c’était le seul. Deux vieux fermiers, qui avaient pris congé des champs à cause de la pluie fine, faisaient paresseusement une partie de billard au fond de la salle en s’échangeant continuellement des piques comme un couple marié depuis beaucoup trop longtemps. L’ivrogne de la maison nous adressa son sourire aveugle lorsque nous entrâmes dans le bar, mais nous ne lui offrîmes ni bonjour ni tournée, et il nous croisa en titubant pour aller se poster à la porte et regarder la pluie tomber. »

A noter : les éditions Gallmeister publient simultanément La Danse de l’ours du même auteur en grand format

Fausse piste, James Crumley, Editions Gallmeister, 352 pages, 10 euros

Photo : Couverture du livre

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Julien Coquet

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