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[Critique] « L’Allée du Sycomore » de John Grisham chez JC Lattès

[Critique] « L’Allée du Sycomore » de John Grisham chez JC Lattès

05 juin 2014 | PAR Audrey Chaix

Comme tout roman policier qui se respecte, L’Allée du Sycomore commence avec une mort violente, celle de Seth Hubbard, retrouvé pendu à un arbre. Sauf que très rapidement, aucun doute n’est possible : l’homme, atteint d’un cancer en phase terminale, s’est pendu pour échapper à une longue agonie. Ce qui fera la véritable enquête de Jake Brigance, que les lecteurs ont rencontré en 1989 avec Le Droit de tuer, le tout premier roman de Grisham, c’est le contenu du testament écrit par Hubbard le matin même de sa mort : déshéritant toute sa famille, il lègue l’immense majorité de sa fortune à sa femme de ménage noire…

Dans la plus grande tradition du roman policier judiciaire, L‘Allée du Sycomore est raconté du point de vue de Jake Brigance, l’avocat engagé post mortem par Seth Hubbard pour défendre sa succession litigieuse. Les souvenirs du Droit de tuer remontent régulièrement à la surface alors que Brigance accepte cette affaire pour se refaire après l’affaire racontée dans le premier roman de Grisham (sans qu’il paraisse indispensable de l’avoir lu pour comprendre L’Allée du Sycomore !), affaire qui lui a coûté sa maison et presque tout son argent. Au centre de tous les conflits,  l’argent est finalement le personnage principal de ce roman, puisqu’il est au cœur des revendications de toutes les parties en présence.

En effet, dans la mesure où l’objet du roman n’est pas la recherche d’un meurtrier, ce sont vraiment les réactions de chacun des personnages qui forment la trame de L’Allée du Sycomore, ce qui le rend d’autant plus passionnant malgré les rouages parfois compliqués de la justice américaine. La famille déshéritée, qui ne se souciait guère de leur père avant qu’il ne décide de les priver de leur legs (aux Etats-Unis, il est bien possible de déshériter ses descendants) et qui s’applique à jouer la comédie de la douleur. Lettie Lang, la femme de ménage noire, perdue face aux millions de dollars qui s’offrent à elle, et qui ne fait pas forcément les bons choix ni ne s’entoure des meilleures personnes. Brigance lui-même, qui ne cache pas ses propres intérêts dans l’affaire – en profiter pour toucher le plus d’honoraires possibles – et l’ensemble de son équipe, de l’ancien avocat pochtron rayé du barreau, la fille aînée de Lettie Lang intéressée par une carrière dans le droit, ou encore Ozzie, le shérif black qui soutient Brigance coûte que coûte. Une belle galerie de personnages dont Grisham explore avec justesse et finesse la psychologie – tout en maîtrisant le fil de sa narration de A à Z.

D’autant plus que cette sombre affaire d’héritage, qui commence par une simple illustration de la cupidité des hommes, bascule peu à peu dans une plongée dans un drame du passé, dont on ne saurait dire plus sans lever le voile sur des révélations qu’il vaut mieux taire pour ne pas gâcher la lecture… Alors que les vacances d’été commencent à pointer le bout de leur nez, glisser L’Allée du Sycomore dans ses valises ne peut être qu’une très bonne idée !

Editions JC Lattès – traduit par Dominiquer Defert – parution : mai 2014 – 545 pages – 22,90€

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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