Poésie

« Loin de Damas » d’Omar Youssef Souleimane

« Loin de Damas » d’Omar Youssef Souleimane

26 septembre 2016 | PAR Antoine Couder

Les éditions « Le Temps des Cerises » publient la traduction du second recueil de poèmes d’Omar Youssef Souleimane, journaliste syrien, réfugié en France.  

Jeune journaliste né en 1987, près de Damas, Omar Youssef Souleimane a été élevé en Arabie Saoudite par sa grand-mère, après le divorce de ses parents. Il est aux premières loges lors du printemps arable en Syrie en 2011 dont il filme les tragiques péripéties au péril de sa vie et qui le contraindra finalement à l’exil.

Questions sans réponses. Les mots que le jeune poète aime employer aujourd’hui, lorsqu’il rencontre ses lecteurs, « la paix », « l’amitié » n’ont malheureusement guère l’occasion d’apparaître dans cette série d’environ soixante dix poèmes qui disent la stupeur en même temps que les questions restées sans réponse dans les petits évènements souvent sans signification qui émaillent l’ordinaire d’un pays en guerre. Et si, finalement, il vaudrait mieux « habiter sur des sites web afin de ne pas percevoir autour de nous les montagnes friables » jamais le poète ne cherche une échappatoire à la description triste et cruelle du quotidien. « Oui, j’ai été là-bas/et à présent je suis pleinement ici » ; des vers simples et souvent directs pour raconter froidement l’exil et son caractère sans doute irrémédiable.

Sentiments minuscules et description du quotidien.  « Quand nous passerons la frontière/ fuyant les balles/Ne dis à personne que nous sommes encore vivants ». Parce que la tentation de disparaître est forte, parce que, malgré l’espoir, il est difficile de ne pas s’interroger sur le devenir, si un devenir est encore possible, alors que tout laisse à penser que la tragédie n’a plus de limite. « Regarde bien/nous sommes issus de cette dynastie de l’enfer/je veux dire de cette ruine/et il ne nous reste plus que nos visages ».  Les vers se suivent, tantôt discrets parfois déclamatoires, toujours attentifs au mouvement de la vie qui peut surgir d’un regard, du corps d’une femme fugacement aperçu. Ils permettent d’alterner des descriptions volées au quotidien avec les sentiments minuscules et piquants qui affleurent lorsque le danger est là, lorsque c’est l’autre ou un autre qui s’en va.

Voix simple et tragique. De ces textes écrits de la main d’un homme qui a fait profession d’information, on finit par découvrir les terribles similitudes de toute situation de guerre et d’exil (« nos plaies deviennent des entrebâillements sur les jardins de l’absurde ») échappant à la fois à la froide factualité du récit média et à la sentimentalité du docu-fiction. La poésie d’ Omar Youssef Souleimane montre ici en quoi elle peut utilement faire entendre la voix simple et tragique de « l’exilé qui ne grandira plus »

Antoine Couder

« Loin de Damas », Omar Youssef Souleimane, traduit et présenté  par Salah Al Hamdani et Isabelle Lagny, Le temps des cerises, 2016

 Visuel : DR
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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

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