Poésie
La Maison de la poésie achève son ouverture de saison en apothéose

La Maison de la poésie achève son ouverture de saison en apothéose

26 juin 2013 | PAR Fatima-Ezzahrae Touilila

images (6)Pour clôturer son ouverture de  saison, à la Maison de la Poésie,   Olivier Chaudenson  invitait vendredi, la romancière et essayiste Nancy Huston, pour une lecture musicale autour de la poétesse américaine, Emily Dickinson (1830-1886), le lendemain, la salle accueillait Jil Caplan, Philippe Calvario et Sébastien Martel, pour une virée poétique, autour de la Beat Generation. 

Vendredi, nous retrouvons avec plaisir les murs décrépis du passage Molière, au détour de la  rue Saint-Martin, où nous attend une lecture musicale des plus alléchantes, Nancy Huston rendant hommage à Emily Dickinson.  Les yeux gros, émoustillé d’une excitation tout enfantine, on murmure, on discute l’actualité récente de l’écrivaine, de ses réflexions troublantes, qui sonnent toujours   étrangement  juste sur la condition féminine dans notre société contemporaine, de son roman à la croisée de destins  annoncé pour la rentrée « Danse Noire », chez Actes Sud.   Deux  âmes blanches viennent ensuite hanter la salle et nos êtres illuminés par l’apparition. Celle de Chloé Réjon et de Nancy Huston.

Accompagnées au piano par  le divin Edouard Ferlet, leurs deux voix sublimes s’emparent des poèmes, de la riche  correspondance que la poétesse-ermite entretenait, faute d’apprécier la compagnie désincarnée et factice de la bonne société. Ses textes enchantent l’oreille, et imprègnent l’esprit, et ravissent les cœurs. On en redécouvre la modernité troublante, l’élan de sincérité touchante, l’analyse décapante, dévoilée par la traduction qu’en ont fait les acteurs, chanteurs et prestidigitateurs d’un soir. Tout semble soudain habité, les vers, la scène, la salle, éclairée par les silhouettes irréelles des deux femmes, Emily Dickinson est là, appartient à ce public  désormais ivre au moindre de ses vers, alors même qu’elle ne souhaitait qu’une seule chose, « ne plus leur appartenir » en parlant du monde et de pâle réalité.

Nos sens s’agitent,  et l’on s’étonne comment d’une lumière blanche, d’une note de piano, du refrain  languissant d’un poème oublié, l’on parvient à susciter l’extase, intense et violente de beauté.  La prestation éphémère  nous laisse un  parfum d’éternité. On en ressort rapetissé, atomisé, par la force des mots, la beauté trop grande, écrasante. Aux lèvres pourtant un vers de la poétesse : « de quoi doit-être fait mon pauvre  cœur pour ne pas fondre ».

De retour le lendemain, Sébastien Martel nous attendait au centre de la scène, égaré, bohème une guitare à la main, et Woody Guthrie, père spirituel de Bob Dylan,  aux lèvres.  Jil Kaplan et Philippe Calvario, le rejoignent et errent à leur tour sur la scène.  Ils ingurgitent un verre s’enlacent se  charrient et se promettent de travailler, au rythme du « Journal d’un vieux dégueulasse » de Bukowsky. Ils s’égarent et se lancent dans les réflexions piquantes et imbibées contre une société stéréotypée, normée, et décapitée par le poète qui chante le vomi et le rouge à lèvres.

Là encore, la poésie s’incarne, le jeu du couple formé par Jil Kaplan et Philippe Calvario installe son Blue Bird dans une proximité quasi angoissante. Sa poésie se révèle plus  olympienne et crasseuse que jamais , leur lecture musicale, saoule et désabusée se moque des ficelles de la traduction, du public de dactylos « qui ne comprend pas ou s’il, comprend oublie vite » selon le Journal de Bukowsky. Bouleversant les codes de la représentation, mais sans goût pour l’ostentatoire, simplement « parce qu’ils s’en foutent « , derrière le filtre de leurs voix, les contradictions  provocantes s’étiolent. Tout n’est qu’évidence et clarté, l’univers parfois surréaliste du poète prend des allures de lieu commun, et l’on s’étonne encore de ne pas avoir saisi plutôt qu’un régime pourrait faire rapetisser,  et que la femme épousée était une sorcière.

L’ivresse nous reprend, nous revoilà à la frontière du génie ou de « La Nausée ».  Dégoût et lucidité se chevauchent,  la merde devient poésie,  le théâtre s’évapore, la  scène est strapontin, les acteurs ne font pas tant de manière, on est entre nous, on s’aime, on se saoule, on dégueule, collés, embarqués pour on ne sait où, « Sur la route ».

Visuel: logo Maison de la Poésie

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Fatima-Ezzahrae Touilila

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