Livres

Pape Diouf, C’est bien plus qu’un jeu

03 mars 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Ancien président de l’OM, l’expert sportif qu’est Pape Diouf vient de publier un livre de souvenirs intitulé C’est bien plus qu’un jeu et paru aux éditions Grasset. Dans cet ouvrage, le Franco-sénégalais se raconte.

SÉNÉGAL, MON AMOUR
Pape Diouf naquit au Tchad en 1951, mais il a grandi au Sénégal. Son père était mécanicien dans l’armée française. Conformément aux coutumes du pays, il fut élevé à partir de six ans par un oncle, ce qu’il vécut très mal, puis quelques cinq années plus tard son père vint le récupérer. De nationalité française, boursier, le jeune Pape Diouf put faire des études dans l’enseignement privé catholique et obtenir le BEPC.

MARSEILLE, TERRE D’ACCUEIL
Son père l’envoya en France pour qu’il entre dans l’armée et s’y engage. Il souhaitait que son fils devienne officier. Pour ce faire, le 25 avril 1970, Pape Diouf débarqua à Marseille, après un long et peu agréable périple en mer. Mais dès son arrivée, complètement perdu et dépaysé, le jeune Sénégalais renonça à une carrière militaire. Il fit alors différents métiers pour survivre à Marseille : tour à tour, il fut donc coursier en prétendant connaître la ville comme sa poche, ce qui naturellement n’était pas le cas, télégraphiste, agent de la CAF, pigiste au journal « La Marseillaise ». Puis, il quitta « La Marseillaise » pour « Le sport ». Il parvint aussi à compléter sa formation en passant par l’IEP d’Aix.

AGENT DE JOUEUR
Sur les conseils d’un joueur de football, il devint agent de joueur. Joseph Antoine Bell l’y incita en lui disant que, comme il savait indéniablement parler aux joueurs, il pouvait tout à fait devenir agent de joueur. Pape Diouf se décida donc à franchir le Rubicon. On apprend au fil des pages qu’habituellement il ne fait pas signer de contrat aux joueurs, le contrat avec Pape Diouf étant verbal. Il fonctionne à la sincérité. Au départ, Pape Diouf voulait en profiter pour stopper l’exploitation des joueurs africains. Mais Pape Diouf évolua : si le joueur africain est le meilleur, alors il sera justement rétribué. Tel est désormais son leitmotiv.

VERS LA PRÉSIDENCE DE L’OM
L’ascension de Pape Diouf à la tête de l’OM fut fulgurante : il devint manager de l’OM en 2004, puis président du directoire, et finalement président délégué. Quel destin pour ce jeune Sénégalais, qui découvrit Marseille en distribuant le courrier, avant de devenir journaliste sportif et agent de joueur ! Né au Tchad, il fut en effet le premier président de club noir en Europe, c’est-à-dire de l’Olympique de Marseille qui demeure le club le plus populaire en France selon de récents sondages.
Toutefois, ainsi que l’explique Pape Diouf, il faut être fou pour devenir président de l’OM… Mais il faut l’être complètement pour penser que cela va durer toute une vie, car tout s’arrêta en juin 2009 avec l’arrivée de Jean-Claude Dassier.

GALERIE DE PORTRAITS
Les différents entraineurs de l’OM sont évoqués dans cet intéressant ouvrage. Il en va de même pour Bernard Tapie, dont le tempérament de bateleur est décrit avec force détails. Parfois, s’amuse l’auteur, celui-ci confondait les salaires brut et net, ce qui fut source de conflits et de rancœurs…

LA DISCRIMINATION
Pour Pape Diouf, la société française est globalement discriminatoire. Lors de l’affaire des quotas de jeunes joueurs d’origine étrangère, la Fédération française de football préféra sanctionner celui qui avait révélé l’affaire, plutôt que d’essayer d’avancer. En effet, comme le rappelle Pape Diouf, il n’y a aucun noir ou arabe dans les instances dirigeantes du football. Les races ne se mélangeraient pas comme dans la société.
Le livre de Pape Diouf se lit très bien. C’est une belle page de vie qui mérite le respect, comme toute trajectoire qui n’est pas linéaire. Ses débuts excessivement difficiles à Marseille sont touchants. A cet égard, Pape Diouf évoque notamment la mort de son frère dans une rixe à Marseille. Malheureusement, il est dommage que l’ancien président de l’OM ne se lâche pas plus et ne se livre pas davantage. On regrettera son « égo » qui transparait assez souvent et son ambiguïté par rapport à l’argent.

Pape Diouf, , Grasset, mars 2013, 307 p., 18,90 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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