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Notre mère la guerre, pour mémoire

12 octobre 2009 | PAR Erwan

13543722183Il fallait un talent assuré pour oser reprendre le thème de la première guerre mondiale en bande dessinée après le témoignage total de Tardi : « C’était la guerre des tranchées ». Le relais est passé grâce à Maël et Kris qui nous plonge avec force et conviction grâce à Notre mère la guerre » éditée chez Futuropolis, dans celle qui devait être la der des der.

La première guerre mondiale a bonne presse. De Japrisot à Tardi, de Tavernier à  Marc Dugain ou Christian Carion, les dix dernieres années continuent de nous faire vivre, pour comprendre, cette guerre qui par son traité nous a fait basculer dans les horreurs du XXeme siècle. Chaque auteur chaque fois  met un point d’honneur à trouver cette atmosphère si particulière de l’Est de la France sous la pluie, dans la boue et le froid, remontant à la surface des fragments de  charnier. Il n’y a pas plus humain que la guerre, plus humain que cette inhumanité qui veut que des hommes se massacrent, perdent la vie avec honneur et déshonneur, sont sacrifiés, parce qu’ils en ont reçu l’ordre. Verdun n’est pas Valmy, la Somme n’est pas les Ardennes, et dans ces batailles c’est la patrie que l’on défendait.notremere_08web1

« Notre mère la guerre » prend un point de vue qui est le nôtre. Le Lieutenant Vialatte ne connait rien du front. C’est une hirondelle, un gendarme, un militaire du civil qui n’officie généralement pas sur les champs de bataille. Pour avoir traité avant guerre d’une enquête semblable avec succès, il est dépêché an Aout 1914 sur une série de meurtres de femmes à Méricourt, un village à l’intersection des routes de Reims, Châlons sur Marne et Verdun. Pour comprendre comment un homme, présumé coupable, a été fusillé sans autre forme de procès, à titre d’exemple, il s’embourbe dans les tranchées. Son point de vue de novice nous offre une initiation progressive, la découverte de sensations anecdotiques qui conduisent à l’horreur.

Mais Notre Mère la guerre ne se contente pas de créer une ambiance. Remarquablement documentés, les auteurs nous donnent rendez-vous dans une unité militaire particulière dont il est très peu fait mention dans nos archives nationales : des gamins, délinquants,  que l’on envoyait sur les premières lignes  du front en rémission de leurs péchés. Ils sont encore tout jeunes, à peine sortis des jupons de leur mère, peu éduqués, et en guise de liberté conditionnelle, on les jette de force, la baillonnette à la main, servir de chair à canons. Pour agrémenter cette découverte, le scénario atypique se nourrit d’une gouaille à pas piquer des hannetons et d’un suspens qui prend au ventre.

Notre mère la guerre  est une bande dessinée radicalement adulte. Comme tout bon ouvrage, elle nous propose une réflexion sur le monde contemporain en rendant la dignité aux soldats du passé. Règne ici la mémoire de ces hommes qui hantent les cimetières de Verdun, sacrifiés pour la France, pour une patrie, nous renvoyant à cette question : et si notre pays était en danger, comment la défendrions-nous ? Nous n’avons qu’une vie, mais la guerre n’est jamais si loin.

Notre Mère la Guerre, Première Complainte, Maël et Kriss

Editions Futuropolis, 16 euros

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