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Nashville chrome de Rick Bass : le rêve américain déchu au pays de la country

18 avril 2012 | PAR Géraldine Bretault

Appartenant à la lignée des écrivains américains du paysage, dans la veine d’un Jim Harrison, Rick Bass nous revient cette année avec une fresque familiale, ou le destin de trois voix, trois paysages humains, arrachés à leur Arkansas natal par le tourbillon de la gloire. Un roman inattendu, extrêmement sensible, qui parvient à ralentir le cours du temps pour nous plonger dans les années 1950.

Maxine, Bonnie et Jim Ed Brown ont bel et bien existé : ces rejetons d’une famille rurale modeste de l’Arkansas eurent leur heure de gloire dans les années 1950, comme en témoigne le site de Maxine, themaxinebrown.com. The Browns avaient pour eux des voix cristallines, révélées par un don précoce – celui de reconnaître à l’oreille l’instant  précis où les scies paternelles étaient parfaitement affûtées.

Avec brio, Rick Bass s’empare des éléments factuels de leurs biographies pour transcender leur destin et l’inscrire dans la mythologie américaine. Tout y est : l’attachement à la terre, le goût du labeur transmis par le père, l’accident originel (la mort de leur frère Raymond à cinq ans), l’alcoolisme, l’envie de se sortir de ce monde poisseux, et les rencontres, dont Elvis Presley.

Car Nashville Chrome, c’est aussi l’évocation en filigrane du King, figure attachante et charismatique que la gloire viendra détruire avant le trio, et qui finira comme l’ombre de lui-même à Graceland. Enfant du même terroir, il fut l’amant de Bonnie, et le récit bouleversant de leur rupture donne lieu à une des scènes suspendues qui émaillent le roman, lors d’une balade en canoë dans les marais. Et c’est là que réside la force du livre, entre fiction adaptée de faits réels et vérisme onirique arraché aux éléments à la force du poignet.

Autre thème exploré dans le roman, la gloire, qui est toute la vie de Maxine, la plus forte des sœurs, le caractère trempé du trio. Une gloire qui a fait son malheur, mais qui lui a aussi procuré les seuls moments de bonheur qu’elle ait connus. Le portrait de sa vieillesse solitaire, en quête éperdue de reconnaissance tardive, est des plus poignants.

Rick Bass affirme ici son talent, aussi à l’aise dans les descriptions contemplatives des paysages du Midwest que dans l’analyse minutieuse des tourments des âmes. Une écriture limpide et juste, servie par une traduction délicate. Un coup de cœur.

 

« Une demi-lune était accrochée au sommet des arbres. Les hiboux hululaient, Elvis et Bonnie s’étreignirent, puis s’embrassèrent ; enfin Elvis poussa le bateau sur l’eau et le retint pendant que la jeune fille y grimpait avec la lanterne et le halo tourbillonnant de papillons de nuit. » p. 202

« Elle comprend qu’elle sera la dernière à partir – elle le sait depuis des décennies – mais elle n’en saisit toujours pas le sens ni la signification, ni la responsabilité que cela implique. La solitude de celui qui reste est infinie. » p. 207

Nashville Chrome, Rick Bass, traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Rabinovitch, 378 p., 25 euros.

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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