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Muse de Joseph O’Connor: un portrait de femme inoubliable

Muse de Joseph O’Connor: un portrait de femme inoubliable

02 avril 2013 | PAR Alice Dubois

Né en 1963 à Dublin où il vit toujours, joseph O’Connor est considéré comme l’un des écrivains les plus importants de sa génération.  Il fait partie des jeunes écrivains irlandais qui ont donné un second souffle à la littérature romanesque en Irlande. D’abord chroniqueur dans le Sunday Tribune, il se consacre entièrement à l’écriture à partir de 1989. Deux ans plus tard, l’écrivain publie son premier roman ‘Le Dernier des Iroquois’ Il est l’auteur, entre autres, de Desperados et de A l’Irlandaise. Il a publié de nombreux autres ouvrages en anglais qui n’ont pas encore été traduits en français, parmi lesquels un essai satirique sur le « mâle irlandais » (The secret of the Irish male), qui a connu un grand succès en Irlande, ainsi que des pièces de théâtre et des scénarios. Son roman Muse est sorti en 2011 aux éditions Phébus  et vient de paraitre en format poche chez 10/18. 

Muse

Nous sommes au début des années 50. Molly Allgood, 65 ans, sans le sous et complétement alcoolique, vit dans un trou minable de Londres. Esseulée, elle traine sa carcasse dans les rues de la ville, se parlant à elle-même, inlassablement, comme pour se maintenir encore en vie. Mais les choses n’ont pas toujours été ainsi. Il fût un temps où tout lui souriait. Actrice star dans sa jeunesse, Molly a connu tout ce que la vie pouvait offrir de meilleur aux côtés du seul homme qu’elle n’ait jamais aimé, le dramaturge John Milligton Synge (1871-1909).

Alors que celui-ci est mort depuis presque un demi siècle, Molly vit encore avec son souvenir ancré en elle, parce qu’il ne peut pas en être autrement. Elle avait 19 ans. Il en avait 35. Elle venait des bas fonds irlandais, lui de l’autre extrêmité de l’échelle sociale. Ils se sont aimés envers et contre tous, de cet amour qui existe encore au delà des êtres. Elle était belle, insoumise, effrontée, avec la langue bien pendue. Il était caractériel, malade, fondateur du Théâtre de l’Abbaye de Dublin et auteur de la fameuse pièce Le Baladin du monde occidental, qui fût à l’origine de plusieurs émeutes. C’était en 1907.

Après sa mort, Molly a commencé à se noyer dans l’alcool. Et comme le temps qui passe est impitoyable avec les comédiennes, les projets se raréfient, la scène s’éloigne et les lumières s’éteignent. Donnant le change avec humour et intelligence, la vieille Molly trompe son monde. Habillée comme une vieille comtesse, elle parcourt les rues de Londres à la recherche d’un peu de chaleur. Pour combler le vide, sa tête tourne à cent à l’heure. Molly se tutoie comme pour effacer la solitude. Les souvenirs ressurgissent, se mêlent à la réalité et celle que Synge appelait « mon enchanteresse » vagabonde entre passé et présent.

Joseph O’Connor nous fait revivre 24 heures de la vie de Molly. De son réveil, où on la découvre embuée par l’alcool et frigorifiée jusqu’au coucher du soleil. Au cœur de ses monologues, Synge et lui seul, comme un fantôme agrippé à son souvenir. En détaillant chaque moment de cette journée, en nous précisant les heures, l’auteur nous accroche aux pas de cette vieille muse qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Mais même si elle a perdu de sa superbe, l’ancienne comédienne au franc-parler, toujours aussi libre et insoumise, tient encore debout et compte bien aller à ce fameux rendez-vous pour la BBC…

Muse est un livre qui emprunte beaucoup à la fiction même si les protagonistes ont existé. S’inspirant librement de la vie de John Milligton Synge et de son amante Molly Allgood, Joseph O’Connor a voulu rendre hommage au théâtre, à l’Irlande et à l’amour dans ce qu’il a de plus dramatique. Il a admirablement réussi. C’est aussi un roman sur le manque, sur la mort et sur le temps qui passe. Comment vivre après la perte de son amour? Une écriture parfaitement maitrisée, puissante, pour un roman tour à tour drôle, poignant et bouleversant. Un véritable coup de coeur.

Muse

Joseph O’Connor. Traduit de l’anglais (Irlande) par Carine Chichereau.

Editions 10/18. Parution: 03 Janvier 2013. 336p. Prix: 8,10€

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Alice Dubois
Alice a suivi une formation d’historienne et obtenu sa maitrise d'histoire contemporaine à l'université d'Avignon. Parallèlement, elle est élève-comédienne au Conservatoire régional d'art dramatique de la ville. Elle renonce à son DESS de Management interculturel et médiation religieuse à l'IEP d'Aix en Provence et monte à Paris en 2004 pour fonder sa propre compagnie. Intermittente du spectacle, elle navigue entre ses activités de comédienne, ses travaux d'écriture personnels et ses chroniques culturelles pour différents webmagazines. Actuellement, elle travaille sur un projet rock-folk avec son compagnon. Elle rejoint la rédaction de TLC en septembre 2012. Elle écrit pour plusieurs rubriques mais essentiellement sur la Littérature.

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