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Miriana Bobitch, La Faim ou le roman de nos envies

Miriana Bobitch, La Faim ou le roman de nos envies

22 octobre 2012 | PAR Celeste Bronzetti

Les éditions L’Age d’Homme nous proposent un roman contre toute hypocrisie. Un roman qui parle de notre âge d’hommes au passé à effacer. De notre honte de la pauvrété.

 

La Faim d’un homme et de tous les hommes
Miriana Bobitch dresse le portrait d’un homme qui veut venger ses origines mesquines, changer le cours de sa propre histoire de gosse provenant d’une famille serbe pauvre et rabougrie. La fin justifie les moyens. Ou pas. C’est la grande éternelle question que ce livre nous pose.
Après avoir fouillé l’univers féminin dans ses romans précédents, avec La Faim, cette écrivaine serbe à la plume profonde et pétillante, se déguise en homme pour enquêter sur les maladies de notre société maudite. Elle le fait à travers la voix d’un homme qui un jour décide qu’il deviendra riche et que sa vie n’aura pas autre but que celui-ci. Seulement une femme qui s’est appropriée totalement son être femme peut se cacher derrière le regard d’un homme avec une telle désarmante loyauté. Il n’y a aucune consolation aux douleurs physiques de la faim, aucun savoir philosophique qui apaise les contraintes de la privation, qui soulage la gêne de la pluie qui nous mouille les pieds au travers des bottes trouées.

La Faim du futur
« J’étais jeune et affamé et, à vrai dire, je ne comprenais rien ».
Le passé forge beaucoup plus concrètement notre présent quand il est dur et difficile, quand il exsude de pauvreté et de sacrifices. Dans ce roman on voit la force du passé en œuvre dans la vie d’un homme qui veut tout posséder : des maisons, de l’argent, des femmes, et même des étoiles. Une fois qu’il aura gagné tout cela, qu’est-ce qu’il lui restera ? Un souvenir très corporel des choses, mais aucune sensation, aucun sentiment, seule la marque matérielle, pour ne pas dire matérialiste, d’un tas d’objets, humains et non humains, utilisés pour anesthésier un stérile appétit de puissance. Il lui restera une vie qui n’a visé qu’à posséder et qui a fini par se déposséder.

La Faim d’une société
La faim de Miriana Bobitch nous parle de la maladie d’une société qui ne se contente pas. C’est l’appétit d’une civilisation famélique dont on n’est plus capable de marquer les limites sociales. Une envie de richesse qui ne dépend plus de la richesse à disposition, parce qu’elle tend toujours plus à la toute-puissance. « Car seul ce qui est inatteignable suscite l’envie et la nostalgie ». Si comme le protagoniste de ce livre l’on constate qu’on ne trouve le bonheur que là où il n’y a pas de soucis, l’objectif prioritaire devient d’ éliminer tous les soucis. A tout prix. Une vérité aussi simple qu’inquiétante, qui nous concerne tous, qui nous implique jusqu’au cœur de l’estomac, car la faim creuse, érode, empêche de penser.
Miriana Bobitch essaie d’esquisser une alternative à cette désagrégation humaine, elle le fait avec la même honnêteté avec laquelle elle dresse le portrait d’une société desséchée et aride.

Une fin éventuellement trop propre pour un roman qui décrit depuis le début et de la façon la plus honnête, la perte de toute moralité.

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Celeste Bronzetti

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