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Mensonges d’été, l’art frémissant de la nouvelle par Bernhard Schlink

13 juin 2012 | PAR Yaël Hirsch

L’auteur allemand, connu dans le monde entier pour « Le Liseur » (1995) est aussi depuis « Amours en fuite »  un des maître de la nouvelle. Son dernier recueil, « Mensonges d’été » a la tristesse voilée du raccourcissement des jours au mois d’août. Sortie dans la collection »Du monde entier » de Gallimard le 14 juin 2012.

Tous les personnages des 7 nouvelles du nouveau recueil de Bernhard Schlink mentent à ceux qu’ils aiment, pourraient aimer, ou à eux-mêmes. Qu’il s’agisse d’amoureux un peu âgés se rencontrant au bord d’une plage d’Afrique du Sud à la fin de la saison, d’un grand-père aimant qui décide de passer un dernier été entouré des siens sans leur dire qu’il compte abréger ses souffrances et son cancer à la fin de ces vacances familiales, ou d’une femme très âgée qui a toujours reproché à son premier amour de l’avoir laissée et qui a cru ainsi sacrifier sa vie à la carrière d’un époux non aimé et de sa famille. Tous cachent et se cachent certaines décisions lâches ou blessantes.

Avec la douceur d’une aile de papillon, la plume de l’auteur carresse la psychologie de chacun de ces menteurs pour non seulement rétablir la vérité, mais également éclairer les raisons bien souvent inconscientes qui ont motivé le mensonge. Passant à travers les non-dits, Schlink met ainsi complétement à nu les ressorts les plus repliés de ses personnages. Et il le fait avec une délicatesse telle qu’il place son lecteur sous de bien puissants charmes. « Mensonges d’été » est une série d’excellentes nouvelles, parfaitement cohérentes, où l’auteur se glisse en transformiste dans une galerie de personnages divers et complexes. Superbe!

Bernhard Schlink, Mensonges d’été, trad. Bernard Lortholary, 304p., 21 euros, sortie le 14 juin 2012.

« Oui, la morphine était la solution. Effectivement, avec elle un soir sans douleur n’était plus une inestimable rareté, mais une occasion possible. Il se sentait léger; non seulement son corps ne lui faisait plus mal, mais il avait une pulsation douce et ferme qui le tenait, le portait, lui donnait des ailes. Sans bouger, il pouvait toucher les lumières de l’autre côté du lac, et même les étoiles. » p. 206.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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