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Melpomène se parfume à l’héliotrope, Michel Roger Augeard fait revivre les faux message personnels de Radio-Londres

15 mai 2012 | PAR Franck Jacquet

Ouvrage accessible à tous les publics, « Melpomène se parfume à l’héliotrope » cherche à retracer, grâce aux messages radiodiffusés envoyés par la BBC, des éléments du quotidien de la résistance intérieure. On redécouvre alors les parcours individuels de ceux qui ont construit et participé à des réseaux éclatés, isolés et sous la pression constante des renseignements de l’occupant et de Vichy. Un essai qui zoome sur le phénomène de Résistance pour dévoiler une kyrielle de petites relations et actes de résistants.

Ces messages sont échangés depuis Londres pour informer les proches comme les maquis et réseaux sur la situation et les mouvements de matériels et de résistants. La première émission dédiée à ces messages très courts est diffusée dans la foulée immédiate de l’appel formulé par le Général de Gaulle (dans le cadre de l’émission « Ici la France » puis « Les Français parlent aux Français », une émission existant, détail intéressant à retenir, depuis le début de la Drôle de guerre), la BBC bénéficiant d’une notoriété supérieure à la radio française. L’audience de cette émission française suit le rythme de la croissance de la résistance intérieure : elle grandit progressivement, sans jamais devenir une audience de masse.

L’essai de Michel Roger Augeard se divise alors  en chapitres consacrés chacun à des individus, couples, réseaux formant cet archipel longtemps informe de la résistance. C’est ainsi par des cas personnels qu’on peut approcher les préoccupations majeures de ceux qui entrent en résistance : problèmes de sécurité bien-sûr mais surtout de communication et d’isolement, de ravitaillement, de maintien des liens familiaux… Par des messages anecdotiques, parfois divertissants, on approche la cavale de certains de ces résistants (« Mon petit ours en laine blonde trotte à cette heure par le monde »). Ces messages consacrés en très grande majorité à des missions et événements précis plutôt qu’à des appels généraux permettent à l’auteur de rappeler la grande diversité des courants formant les réseaux résistants, la pluralité de leurs formes, l’isolement des groupes résistants jusqu’à l’été 1944.

La démarche microsociale permet de comprendre les motivations personnelles et interpersonnelles de ceux qui entrent en résistance, mais aussi d’aborder par une autre facette la question du mythe résistantialiste. On rencontre des personnages relativement peu connus (l’abbé Jean dans le Centre) mais aussi les grands mythes nationaux (les époux Aubrac, Jean Moulin, Frenay…). On comprend enfin ce qui peut se cacher derrière des messages comme : « Le petit lapin blanc est bien rentré au clapier ». Lapin Blanc est l’un des pseudonymes de Yeo-Thomas, compagnon de mission de Pierre Brossolette, qui relate par ces quelques mots sont retour à Londres après avoir rempli une mission de renseignement dans la métropole française.

Si un chapitre liminaire permet de rappeler le contexte et les « forces en présence » pour ne pas recouvrir ensuite les cas individuels, le décryptage des messages n’est évoqué qu’assez brièvement. De même, la question de la place de ces messages dans la mémoire de la résistance aurait pu faire l’objet d’un développement. La recension de M. R. Augeard s’achève par un chapitre « clin-d’oeil » rappelant que même en temps de guerre, le « tempérament » des Français reste le même, des messages radiodiffusés adressés aux proches ou aux maquis empruntant abondamment les métaphores culinaires (par exemple, « J’adore la dinde et la pièce de pogne » ou encore « Vive le bon vin de France », désignant comme très souvent un déplacement aéroporté de matériel ou de personnalité, en l’occurrence André Le Troquer en septembre 1943).

Michel Roger AUGEARD, « Melpomène se parfume à l’héliotrope, Ici Londres… Le quotidien de la Résistance au fil des messages personnels », JC Lattès, février 2012, 422 p., 18.50 euros.

Franck Jacquet.

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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