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Marie Billetdoux, En s’agenouillant

27 octobre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Après le monumental et adoré C’est encore moi qui vous écris, Marie Billedoux insiste dans le genre épistolaire, passant de l’autobiographie au roman avec « En s’agenouillant » qui parait cet automne chez Stock.

Dans le Paris qu’elle adore, celui de Saint-Germain-des-Prés, elle nous raconte l’histoire d’une bande de potes insupportables car trop sûrs d’eux mêmes. Jean La Haut, Dumont, la belle indochinoise Lim ou Olivier Le Tage ont la vingtaine entre 1953 et 1956, les trois années, forcément étudiantes. Le rêve absolu, c’est Normale Sup, mais qu’il est dur d’y entrer. Dans cette lutte incessante contre l’université et les écoles, ils vivent et aiment dans des passions libres pré-annonciatrices du joli moi de Mai. Tous jouent aux intellectuels, concluant leur lettres pompeuses par des doctrines latines.

Marie Billetdoux travaille à nous les rendre désagréables. Elle monte en tension jusqu’à insérer des lignes de failles, qui pour le héros Jean La Haut se nomme Femme : sa maman très catholique, sa grand-mère qui l’aide financièrement, son amoureuse à l’identité malmenée, Lim, et le passionnant cas de sa sœur, dite folle, Claire. C’est l’histoire de cette sœur, en dehors du système familial qui s’oppose au travail des femmes, en dehors de l’excellence scolaire, qui donne un regard différent sur la vie en cercle fermé du groupe d’ami. Dans un moment où la psychanalyse n’est pas si établie en France, la jeune femme est internée au lieu d’être écoutée.

Le roman se clôt avec la fin des études, chacun trouve sa route et les copains récents se perdent de vue à jamais. Seule l’amitié solide reste.  Comme à son habitude, Marie Billetdoux arrive à nous tenir en haleine avec un style faussement désuet et totalement maîtrisé. En s’agenouillant n’a pas la force de C’est encore moi qui vous écris qui nous faisait partager la vie de Rafaële-Marie mais il se lit avec plaisir et malgré nous, il nous fait nous attacher à ces jeunes gens d’un autre temps.

 

Extrait

Mister  Jean La Haut

Mrs Farewell’s Home

Folkstone, le 13e d’août 1954.

Vous avez su me convaincre de vivre parce que vous m’avez su montrer que tout n’est point perdu : je vous en remercie.

Mon hôte m’informe que l’enterrement religieux aurait été refusé à Colette pour être montée sur les planches en tenue légère – c’est moi qui traduis, il mimait les fanfreluches en plumes, entre poitrine et zonzon –  et avoir par deux fois divorcé, mais la voilà, sous les planches, en tenue plus légère encore, que veux-on exactement, jusqu’où nous ennuiera-t-on?

En cœur je suis votre femme, en chair votre maîtresse, en esprit votre amie : ne vous laissez point détourner par l’influence d’autrui, fût-elle jeune, et anglaise, et in-two, aimant cooking and cocooning, Ah mon Dieu ! qu’à vous revoir le temps est long ! et nous sommes en été ! et ce sont nos vacances ! et je ne vous caresse pas plus !

Philomêla

Après le Vietnam et le le Laos :  » Cessez-le-feu » au Cambodge.

Marie Billetdoux, En s’agenouillant, p. 231

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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