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Tokyo Ghoul T1 : une faim de Goule ?

Tokyo Ghoul T1 : une faim de Goule ?

27 août 2013 | PAR Sandra Bernard

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Les productions portant sur le thème du zombie ne manquent pas ces derniers temps. Tokyo Ghoul prend à contre-pied cette mode du zombie ravageur, sanguinolent ou comique, pour nous proposer une intrigue basée sur des questions éthiques. Avec les goules comme colonne vertébrale de son récit, l’auteur, Sui Ishida apporte une lecture modernisée de ces créatures folkloriques, mangeuses d’hommes.

A Tokyo, le jeune et timide étudiant Ken Kaneki mène une vie ordinaire avec son ami de toujours Hide. Cependant, dans la ville rodent des goules qui seraient à l’origine de meurtres anthropophages particulièrement horribles. Ken, notre héros dont les centres d’intérêt portent essentiellement sur les livres et les filles, ne se préoccupe pas de ces histoires ressemblant plus à des légendes urbaines qu’à une réelle menace. Pourtant, il a déjà attiré la convoitise d’une de ces goules modernes. Cette malheureuse rencontre va modifier sa vie. Après un combat perdu d’avance et quelques péripéties, Ken se réveille avec un organe de son agresseur. C’est avec cette transplantation d’organe que les ennuis de notre héros commencent.

Tokyo Ghoul raconte la lente descente aux enfers de ce jeune étudiant sans histoire qui se retrouve, pour son plus grand malheur, mi-humain, mi-goule. Une position qui le pousse à ressentir les mêmes envies anthropophages que les goules, mais également une répulsion de cette faim macabre. Il devient ainsi un être hybride coincé entre ces deux races. L’une pourchassant l’autre pour se nourrir tout en se fondant à l’intérieur de la société humaine pour pouvoir passer inaperçue.

Tout au long de ce premier tome, nous découvrons l’agonie de ce héros qui se transforme peu à peu. De ce fait, une attention particulière est portée à sa faim qui le pousse vers la chair humaine, et à cette question éthique sur les limites de l’humanité. Ainsi, dans cet univers de goule où les humains ne sont que du gibier, notre héros devra se trouver une place. La dignité de son humanité s’opposera sans cesse à sa propre survie, ce qui l’amènera à être en proie à de violentes expressions de son animalité naissante. Une animalité qui lui donne l’impression de considérer les humains du même point de vue que les goules, c’est-à-dire comme de la bonne chair.

Dans sa structure, le manga est plutôt bien équilibré. Sa lecture se montre fluide et les nombreuses scènes de combats rythment avec une violence macabre l’enlisement de Ken dans son combat pour sa dignité d’être humain. Les designs des personnages et des goules ne sont pas une surprise tant la recherche graphique est somme toute classique. Même si les dessins ont cet esprit authentique à première vue (grâce notamment aux coups de crayon), le connaisseur trouvera très vite une différence de qualité entre les planches. Les compositions de celles-ci sont claires, mais toujours très simples. En somme, ne cherchez pas la claque visuelle avec ce manga, là n’est pas la question. L’auteur assure une réalisation graphique passe-partout qui ne marquera pas l’histoire du manga, mais qui aura le mérite d’être lisible au premier coup d’œil.

Ce qu’il faut rechercher est plutôt cette profonde question éthique concernant le cannibalisme sur fond de survie de l’espèce et du retour aux pulsions animales. Cela aura pour effet de rappeler très fortement les scènes de cannibalisme assumé du roman post-apocalyptique the Road de Cormac McCarthy publié en 2006 aux États-Unis chez l’éditeur Alfred A. Knopf et le film du même nom de John Hillcoat sorti en 2009. Il faut aussi voir le manga comme un essai sur cette question de la lente transformation du héros hybride qui ne sait plus ce qu’il est vraiment. L’auteur fait d’ailleurs allusion à La Métamorphose de Kafka comme référence classique. Nous pouvons également retrouver des références comme La Mouche noire de Kurt Neumann, sorti en 1958 et récemment le film District 9 de Neill Blomkamp, sorti en 2009.

Au-delà de l’utilisation de goules comme base de l’histoire de son manga, l’auteur Sui Ishida nous pose directement une question dérangeante : « Jusqu’où irez-vous pour survivre ? ». Afin d’y répondre, il nous propose ce « voyage psychologique romancé » dans les pensées de son héros qui incarne si bien l’hybride cher à tout bon roman de fantastique opposant deux races. Si plusieurs questions restent en suspens comme les raisons de la présence des goules, nul doute que les tomes suivants se chargeront d’élucider ce mystère. De même, l’hybridation du protagoniste sera-t-elle en mesure de présenter ces êtres sous un autre angle que celui de monstres gloutons…

Premier tome d’une série qui en compte pour l’instant sept, ce shônen sombre et adulte est publié depuis 2011 au Japon dans le magazine Young Jump. Pour lecteurs avisés…Il donne l’occasion rare de vivre l’histoire du point de vue du prédateur qu’est la goule. Première série de Sui Ishida, elle livre un récit mature, original et dérangeant.

© 2011 Sui Ishida / SHUEISHA

Page sur le site de l’éditeur VF

Informations pratiques : Collection Shônen, Format : 130 mm x 180 mm, Faconnage : Souple, 224 pages, EAN : 9782723495615, ISBN : 978-2-7234-9561-5, Hachette: 4128716, Prix: 6.90 €

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Sandra Bernard
A étudié à l'Université Paris Ouest Nanterre la Défense l'Histoire et l'Histoire de l'Art. Après deux licences dans ces deux disciplines et un master recherche d'histoire médiévale spécialité histoire de l'Art dont le sujet s'intitulait "La représentation du costume dans la peinture française ayant pour sujet le haut Moyen Âge" Sandra a intégré un master professionnel d'histoire de l'Art : Médiation culturelle, Patrimoine et Numérique et terminé un mémoire sur "Les politiques culturelles communales actuelles en Île-de-France pour la mise en valeur du patrimoine bâti historique : le cas des communes de Sucy-en-Brie et de Saint-Denis". Ses centres d'intérêts sont multiples : culture asiatique (sous presque toutes ses formes), Histoire, Histoire de l'Art, l'art en général, les nouveaux médias, l'art des jardins et aussi la mode et la beauté. Contact : sandra[at]toutelaculture.com

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