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Les pieds bandés, une tragique métonymie de la grâce féminine dans la Chine ancienne

Les pieds bandés, une tragique métonymie de la grâce féminine dans la Chine ancienne

04 mars 2013 | PAR Sandra Bernard

Paru dans la même collection que Les cerisiers fleurissent malgré tout, Les pieds bandés raconte la tragique histoire de Chun Xiou, une jeune chinoise du début du XXe siècle qui voit sa vie basculer le jour où les femmes de son entourage lui bandent les pieds.

Suivant la tradition millénaire, la jeune enfant est forcée de se bander les pieds. La pratique du bandage consistant à replier le pied au cours de sa croissance, afin de lui donner la forme d’un bouton de lotus d’une taille idéale de 7,5 cm, était une véritable torture. Réalisé dans la jeunesse des jeunes filles, en cas de réussite, il leur assurait un riche mariage et une vie confortable, mais au prix de bien des souffrances. Les femmes aux pieds bandés étaient très recherchées par les riches familles, entièrement dépendantes de leur époux, elles leur appartenaient corps et âmes, n’ayant aucun moyen de s’échapper ou de subvenir à leurs propres besoins en travaillant.

Chun Xiou a eu de la « chance », le bandage de ses pieds a été une réussite et tous vantent sa beauté. Bientôt elle sera en âge de se marier, mais la révolution culturelle débute. La nouvelle société rejette toutes ses anciennes coutumes. Chun Xiou doit alors fuir. De retour dans sa ville natale, un malheur encore plus grand la guette, scellant son destin.

Ce récit, servi par un dessin rugueux mais détaillé, retrace avec pudeur et émotion le destin de Chun Xiou qui, comme des millions de femmes chinoises, a subi cette mutilation visant à lui assurer un beau mariage malgré sa condition modeste. Cette femme que la vie n’a pas épargnée a traversé la cruelle tradition puis le rejet de la société moderne. Rarement un récit aura été aussi poignant et juste. Revenant sur cette pratique méconnue, l’on y découvre la méthode cruelle et les implications sociologiques. Véritable devoir de mémoire, cette oeuvre s’adresse à un public résolument adulte, il serait dommage de passer à côté, tant le récit est bien mené et intéressant.

Li Kun Wu donnera plusieurs conférences à Paris :

Le 18 mars, à partir de 18h30 à la Maison de la Chine (76, rue Bonaparte, 75006 PARIS)
Le 20 mars, à partir de 18h à la librairie l’Imagigraphe (84, rue Oberkampf, 75011 PARIS)
Le 22 mars, à partir de 19h30 à la librairie La Hune (170, boulevard Saint-Germain, 75006 PARIS)
Le 23 mars, à partir de 10h30 sur la grande scène du Salon du Livre de Paris

Visuel : © by LI KUN WU / LI Kunwu / LIKUN Wu /

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Sandra Bernard
A étudié à l'Université Paris Ouest Nanterre la Défense l'Histoire et l'Histoire de l'Art. Après deux licences dans ces deux disciplines et un master recherche d'histoire médiévale spécialité histoire de l'Art dont le sujet s'intitulait "La représentation du costume dans la peinture française ayant pour sujet le haut Moyen Âge" Sandra a intégré un master professionnel d'histoire de l'Art : Médiation culturelle, Patrimoine et Numérique et terminé un mémoire sur "Les politiques culturelles communales actuelles en Île-de-France pour la mise en valeur du patrimoine bâti historique : le cas des communes de Sucy-en-Brie et de Saint-Denis". Ses centres d'intérêts sont multiples : culture asiatique (sous presque toutes ses formes), Histoire, Histoire de l'Art, l'art en général, les nouveaux médias, l'art des jardins et aussi la mode et la beauté. Contact : sandra[at]toutelaculture.com

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