Livres

Ma République se meurt, souvenirs d’une expérience gouvernementale par Jeanne Bougrab

10 février 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Ancienne secrétaire d’Etat auprès du ministre de la jeunesse et de la vie associative, ancienne présidente de la HALDE, juriste de droit public, Jeanne Bougrab publie aux éditions Grasset un intéressant livre de souvenirs.

Femme insoumise, athée dans une famille musulmane, Jeanne Bougrab est aujourd’hui devenue maître de requête au Conseil d’Etat et avocate. Profondément républicaine, elle fait pour tout pour le prouver et estime que nos institutions et nos principes fondamentaux sont menacés dans une société où règnent sans partage les inégalités et les discriminations.

FILLE DE HARKIS

Fille de Harkis, Jeanne Bougrab en veut beaucoup aux Gaullistes d’avoir abandonné les Harkis après la guerre d’Algérie. Elle les rend responsables des nombreuses exactions commises à l’encontre de cette communauté après l’indépendance de l’Algérie.

LA MONTÉE DES FANATISMES

Jeannette Bougrab a présidé la HALDE, une autorité administrative indépendante qui lutte contre les discriminations et le racisme. Elle estime qu’elle a « vécu l’enfer » et que les différents gouvernements n’ont rien fait contre la montée des fanatismes religieux.

LA LAÏCITÉ EST EN DANGER

Jeanne Bougrab fait le constat d’une laïcité moribonde, ce qui serait paradoxal car pour l’auteure il n’existe « pas de charia light ». La publiciste estime qu’il est devenu impossible de revendiquer son athéisme. D’après Jeannette bougrab, la religion est devenue « un élément d’asservissement, et non d’émancipation », ce qu’elle déplore avec vigueur.

LA COMEDIE DU POUVOIR

Au fil des pages de cet ouvrage, Jeannette Bougrab dresse une galerie de portraits très vivante. Rachida Dati est dépeinte en « chipie aux cheveux noirs ». « La diversité, ajoute l’auteure, c’est son fonds de commerce ». Manipulatrice, l’ancienne ministre de la justice « se voutait physiquement pour grossir le trait et se faire passer pour une victime ». Pour Jeannette Bougrab, Rachida Datit est une « copine rigolote en façade, mais (aussi une) intrigante redoutable dans l’ombre ».

Quant à Henri Guaino, Jeannette Bougrab explique que, tout en « se prenant pour André Malraux, (il) a eu une circonscription en or au Chesnay, dans les Yvelines, où même un âne gagnerait ». Elle décrit Luc Châtel, son ancien ministre de tutelle, comme « un homme sans relief, mais néanmoins retors ». A propos de Nicolas Sarkozy, elle en dit qu’il est « un homme trop pressé, impressionné par les joueurs de foot ».

Elle s’appesantit aussi sur le cas Jean-Baptiste de Froment, ancien conseiller de l’Elysée en charge de l’éducation. Ce dernier « censurait les ministres avec une grande suffisance ». Il n’avait même pas terminé sa thèse de doctorat à Nanterre. La juriste explique que c’est là le « parcours classique d’un normalien, pourtant payé par l’état, (mais) qui avait fui l’éducation nationale pour éviter d’aller enseigner en banlieue ». Et Jeannette Bougrab de s’interroger, « combien de normaliens peuplent les cabinets ministériels pour ne pas remplir leurs obligations, pour lesquelles ils ont pourtant été payés par la nation ? »

LA RÉPUBLIQUE A REPENSER

L’ouvrage de Jeannette Bougrab est un mélange de souvenirs sur Châteauroux, chef lieu de l’Indre, et sa fulgurante ascension sociale. On aurait voulu en savoir davantage. Les pages concernant son parcours ministériel sont la partie plus intéressante du livre. On se rend compte que dans un même gouvernement, décidément, « la guerre fait rage ». Il aurait été intéressant de développer cette partie de l’ouvrage, de savoir comment fonctionnait la direction de l’Etat et de la politique entre l’Elysée et Matignon. La description de ses collègues est particulièrement savoureuse. La charge de l’auteure contre le conseiller normalien en charge de l’éducation aurait mérité d’être approfondie. Ensuite l’auteure fait passer ses idées sur les Harkis, la laïcité, la HALDE.

Instructif, l’ensemble est tout à fait agréable à lire.

Jeannette Bougrab, Ma République se meurt, Grasset, janvier 2013, 209 p., 18 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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