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Loin du monde, un premier roman incisif de Sébastien Ayreault

16 décembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Depuis Atlanta, donc très « Loin du monde » de son enfance Sébastien Ayreault dépeint ce que ça a été d’avoir dix ans dans les années 1980 dans une famille d’ouvriers d’une petite ville de l’Ouest de la France. Un premier roman très réussi, entre joie et larmes et dont le phrasé incisif tressaute au rythme des émotions d’un petit garçon sensible. Sortie au Diable Vauvert le 3 janvier 2013.

A 10 ans David vit  à Maulevrier, petit bled de l’Ouest où tout se sait très vite. Doté de deux parents qui s ‘adorent, parfois en l’oubliant un peu, aussi à cause du travail manuel et éreintant, même en hiver, il petit-déjeune seul sur le perron à 7h du matin une fois ses deux parents partis, parce qu’il a peur des fantômes qui habitent la cuisine vide. Élevé à la musique de Johnny et rendant visite à son acariâtre arrière-grand-mère toutes les semaines, il tente parfois de laisser sa vie répétitive et un monde qu’il voit déjà comme étriqué derrière lui. Mais il ne va jamais très loin sur son vélo et revient toujours au bercail. Croyant, même s’il ne va pas à l’Église, il se met à avoir très peur des représailles de Dieu le jour où il découvre les sensations que lui procure un livre d’images de femmes nues découvert au-dessus du frigo familial. Précoce et très intéressé par le sexe des femmes, qu’il s’agisse de sa cousine ou de sa voisine de 13 ans, il doit également faire face au départ de son père qui rêve pour la famille d’une vie à la grande ville, Angers.

Faisant claquer chacune des ses phrases comme une gifle d’anamnèse, allant toujours directement vers la brutalité des émotions de l’enfant qu’il a été, Sébastien Ayreault découvre au lecteur tout un monde, à grand renfort d’argot, de situations cocasses et de références aujourd’hui oubliées. Sans aucun jugement, il décrit la vie rude et vibrante d’un foyer populaire, à travers les yeux d’un enfant de dix ans extrêmement sensible et recevant chacune de ses émotions avec une violence rare. Un très joli autoportrait sans fausse pudeurs et qui ouvre sur un univers terriblement vivant.

Sébastien Ayreault, « Loin du monde », Le Diable Vauvert, 160 p., 15 euros. Sortie le 3 janvier 2013.

« J’aspirai, j’avalai si bien que, la seconde d’après, je me retrouvai plié en deux, toussant, glaviottant sur le trottoir comme un vieux cheval, des larmes plein les mirettes. Jamais encore, je n’avais croisé fumée qui claque. Un coup de feu dans le gosier. carrera, perché sur moi, n’en pouvait plus de se fendre la poire. Quand je me relevai, que je rouvris les yeux, le monde dansait. Le ciel, la route, le clocher et les maisons dansaient. Mes guiboles flageolaient. Le grand tournis. Sans tourniquet. la nausée. Pas sarter, hein. Non. Malboro qu’il s’appelait« . p. 49-50.

Blog de l’auteur.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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