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Livro de J.L. Peixoto, la mémoire fragmentée de l’émigration portugaise

Livro de J.L. Peixoto, la mémoire fragmentée de l’émigration portugaise

15 octobre 2012 | PAR La Rédaction

Livro, troisième roman de José Luis Peixoto traduit en français, aborde la question de l’émigration portugaise en France. Cette chronique douce et triste dévoile sans honte des fragments de vie d’une population rurale brutalement confrontée à la modernité dans la seconde moitié du XXe siècle.

 

Dans un village courbé sous le poids de la pauvreté et de la religion, Ilidio, Adelaide et Cosme vivent une enfance humble et crue, au milieu de braves gens et de parias ­— élevés l’un par un ami de sa mère, l’autre par une tante bizarre, le troisième au sein d’une famille bien lotie. À peine scellé par le don d’un livre, d’un pigeon et de cent escudos, l’amour d’Ilidio et d’Adelaide est brisé par le départ de la jeune fille pour la France. Ainsi en a décidé sa tante.

 

Ilidio la cherche sans jamais la trouver et leurs lettres restent sans réponse.  Adelaide épouse Constantino et ne retrouve Ilidio qu’à la fin des années 60. Cosme, fidèle témoin, laisse entendre au fils d’Adelaide, Livro, qu’il est né de ces retrouvailles.

 

Adulte, Livro s’adonne à des jeux littéraires pour se dévoiler sans se raconter. Le mythe révélé par Cosme est séduisant, mais comment le faire coïncider avec la réalité ? C’est le principal travail de l’écrivain Livro à la recherche de sa vérité.

 

Ce roman est porté par une écriture sensible, emplie de l’imaginaire et des sensations de l’enfance, par une douce lenteur et un point de vue qui flotte entre trois générations. Ce récit fragmenté et non linéaire, où les images s’entrelacent, évoque la difficulté à percer la mémoire familiale et villageoise. Dans la première partie, la trame suscite l’adhésion, mais la deuxième brise l’enchantement en posant la question de l’identité du narrateur.

 

Récit émouvant qui célèbre l’attachement à la terre, à la langue et à culture d’origine, par le biais du livre, objet de transmission et d’amour, capable de donner son nom à un personnage écrivain. Livre grinçant cependant, et sans complaisance à l’égard de toutes les ombres qui habitent nos existences.

 

 

Gabrielle Yriarte

 

Extrait :

« Sur un fond de ciel, les olives se sont séparées des feuilles. Celles-ci sont restées à mi-chemin, en tournant sur elles-mêmes, petites hélices retenues par l’air, alors que les olives continuaient leur vol jusqu’à l’autre bout du couloir de draps pliés, où elles sont tombées en une pluie de compagnes rondes. Je me rappelle que les feuilles d’olivier sont vert sombre d’un côté, argentées de l’autre, élégantes, et que les olives, celles-ci, sont noires et brillantes, sans trop d’eau en mars, bien fermes. Ce geste, cette histoire, se sont répétés jusqu’à ce que l’homme en eût fini avec le premier tas et qu’à l’autre bout du couloir il y eût un tas d’olives noires sans leurs feuilles.

Au fil de l’écriture du livre que tu es en train de lire, j’ai senti qu’il me plairait de pouvoir faire la même chose avec ce que je sais…»

 

 

 

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