Livres

L’ivresse des grandes fortunes allemandes mal gagnées

07 juillet 2010 | PAR Yaël Hirsch

Karine Tuil, l’auteure de « Douce France » et « La domination » (Grasset) imagine ce que le le valet d’une des plus puissante famille industrielle allemande pourrait livrer sur les coulisses de leur standing. Trois génération pour établir un tel empire, c’est assez long en Allemagne pour que la question du passé nazi soit soulevée, et éclairée à la lumière de la passion destructrice d’une des jeunes héritières de la famille pour un homme que tous prennent pour un « gigolo ». Amer, sale, et troublant. Sortie le 25 août 2010.

« Il n’y a pas de grand homme, dit-on, pour son valet de chambre ; mais cela vient simplement de ce que le grand homme ne peut être reconnu que par ses pairs. Le valet de chambre saura probablement bien apprécier ses égaux. » Johann Wolfgang von GOETHE.

Une journaliste muette vient interviewer Karl Fritz, qui a été toute sa vie l’homme de conscience de la grande famille industrielle Kant. Renvoyé sans égards pour n’avoir pas su protéger la petite fille du fondateur, Juliana, 45 ans et bien mariée, du scandale d’une liaison médiatisée avec un gigolo, Fritz veut écrire ses mémoires pour se venger. Comment la passion folle de cette protestante austère de la haute société pour un bellâtre filmant leurs ébats est-elle liée au sort de l’épouse mythique et honteuse du fondateur Günther Kant : Magda Goebbels ? Les bases troubles de la grande fortune des Kant ressurgissent du passé nazi au fur et à mesure que le récit amer de Fritz se déploie.

Six mois et dis jours, c’est le temps d’une revanche. C’est aussi un roman terriblement amer sur les bassesses de la nature humaine. Les riches les plus élégants et les plus « profil bas »cachent des cadavres dans leurs crématoires, les modestes sans le sous les admirent, les envient et les haïssent, et les descendants des anciennes victimes ne sont pas insensibles à l’argent. Le tout dans la bouche de Fritz est exprimé avec une petitesse qui enfile en perles les lieux communs sur le collier du glauque. Entre « Qui a tué Arlozoroff? » de et ce roman de Karin Tuil, la figure blonde, adulée et honnie, de Magda Goebbels trône de façon trouble et macabre dans le paysage des lettres françaises…

Karine Tuil, « Six mois, six jours », Grasset, 253 p., 18 euros, sortie le 25 août 2010.

Tous les titres de la rentrée littéraire Grasset ici.

« La nature de cette femme-là, me semblait aussi insondable que l’origine du monde : si l’univers avait été créé avec des lettres, il serait détruit avec mots. La corruption de la langue allemande présageait de la barbarie.« 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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