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Livre : Nancy Huston, L’Espèce fabulatrice

23 septembre 2010 | PAR Yaël Hirsch

Après le succès de son roman sur quatre générations « Lignes de faille » (Actes Sud), la romancière Nancy Huston nous revient avec un essai sur l’ « espèce humaine » dont la principale caractéristique est la capacité d’imaginer et de communiquer ou d’appliquer parfois violemment les fruits de ses fabulations.

Au commencement, il y a une question d’une détenue de Fleury-Mérogis où Nancy Houston participe à des clubs de lecture : « A quoi ça sert d’inventer des histoires, alors que la réalité est déjà tellement incroyable ?». En dix chapitres, Nancy Huston tente de lui répondre. Elle développe cette intuition forte : le propre de l’homme est qu’il est capable d’imaginer. Pour le meilleur, comme pour le pire. Et la réalité toujours et nécessairement construite, car perçue à travers le prisme de la raison, du cerveau et du rêve, n’est qu’un contre-coup de cette capacité de fabulation.

N’hésitant pas à se mettre à nu, à exposer sa vie, ses réaction et sa famille, Nancy Huston parvient, par une série de petites notes, souvent tournées en aphorismes, à aborder des questions essentielles de manière pratique et pédagogique. Une bonne partie de l’essai tourne autour de la question du mal. Et, telle Lou Andreas Salomé expliquant Nietzsche ou Freud, ou encore Beauvoir éclairant Sartre, Houston met à la portée de tous les considérations philosophiques que son compagnon Tzvetan Todorov avait développées dans son essai désormais classique « Face à l’extrême » Seuil, 1994). Et en quelques pages écrites avec beaucoup de bon sens et autant de bonne foi, elle pousse la réflexion à l’ensemble de l’imaginaire humain, c’est-à-dire à toutes les possibilités qui habitent l’homme.

Certains pourront trouver un peu simplistes ou faciles certains points soulevés par Nancy Huston, d’autres se fâcher de certaines opinions bien marquées (sur le conflit au proche Orient, sur la justice sociale ou encore sur les rapports hommes/femmes…) cachées dans le morcellement d’un texte qui se glisse sous le seuil de toutes les portes menant à l’essence de l’homme. Mais Nancy Huston a pour elle une grande empathie qui l’aide à comprendre avec des mots simples des situations compliquées et une manière à la fois cultivée, littéraire, et abordable d’aborder les questions les plus complexes. Dans la lignée de son époustouflant « Journal de la création » (toujours chez Actes Sud), 1990, la canadienne de langue française mêle philosophie, littérature et journal intime pour répondre à une vraie question.

Nancy Huston, « L’espèce fabulatrice », Actes Sud, 18 euros.

« La conscience, c’est l’intelligence plus le temps, c’est-à-dire : la narrativité » p. 22.

Plus d’infos : http://www.myspace.com/jashella/blog?page=13#ixzz10NhOk74n

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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