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Que lire pendant l’été ?

Que lire pendant l’été ?

02 juillet 2018 | PAR Jérôme Avenas

Polar, roman, saga ou essai, découvrez les choix de la rédaction pour un été de lectures.

Polar : Louise Penny, La faille en toute chose, roman traduit de l’anglais (Canada) par Claire et Louise Chabalier, mai 2018, Actes Sud (collection actes noirs), 528 pages, 14,99€

Neuvième opus des aventures d’Armand Gamache, inspecteur-chef de la sûreté du Québec, La faille en toute chose s’inspire de l’histoire des sœurs Dionne (les sœurs Ouellet dans le roman), quintuplées identiques nées en Ontario au milieu des années 1930. Armand Gamache va enquêter sur la mort de Constance Ouellet. On retrouve le village de Three Pines, ses habitants excentriques, on retrouve l’architecture parfaite des polars de Louise Penny, experte à manipuler les enchâssements narratifs, on retrouve leur atmosphère si particulière. Si vous devez lire un polar cet été, c’est bien celui-là … ou ceux-là – pourquoi ne pas profiter des vacances pour dévorer toute la série ?

Roman : Jean Mattern, Le bleu du lac, Sabine Wespieser Éditeur, mai 2018, 120 pages, 16€

Viviane Craig, célèbre pianiste, est en route pour les obsèques de son amant, James Fletcher, non moins célèbre critique musical, disparu soudainement. Le trajet en métro est l’occasion pour elle de faire surgir des souvenirs, d’évaluer des doutes, de comprendre où en est sa vie. C’est un livre sur la perte, l’absence, sur l’acceptation de la vie, sur l’éternité de la musique, mais surtout sur le désir et l’amour. L’écriture de Jean Mattern est somptueuse. Sa beauté tient beaucoup à une conception très personnelle du « flux de conscience ». Le bleu du lac est un monologue intérieur, concis mais d’une extrême richesse. Un livre coup de cœur, à relire – ou mieux – à lire à haute voix à la personne qui partagera vos nuits d’été pour profiter, mieux encore, de la musicalité d’un texte qui ne vous quittera plus.

Saga : Armistead Maupin, Les Chroniques de San Francisco, Tome 3, Éditions de l’Olivier, mai 2018, 864 pages, 22€

Comment ça vous ne connaissez pas ? Comment ça vous en avez entendu parlé mais vous n’avez encore jamais plongé dans la vie de Mary Ann Singleton, Michael Tolliver et Anna Madrigal ? Vous devez profiter de la sortie du tome 3 pour lire les deux volumes précédents ! Pour ceux qui connaissent la saga maupinienne, le troisième tome apporte des développements inattendus. Les personnages sont plus attachants que jamais. Une lecture addictive. À noter que Netflix a annoncé dix épisodes pour 2019. Ils correspondent aux aventures du tome 3.

Essai : Mark Alizart, Chiens, Éditions PUF, « Perspectives critiques », mars 2018, 144 pages, 9€

« Comprendre (…) le miracle de la joie des chiens » voilà ce que se propose d’accomplir Mark Alizart dans son livre paru aux PUF en mars dernier. D’emblée, disons que pour tout essai qu’il soit, Chiens se lit sinon comme un roman du moins avec un égal plaisir. Les recherches sont profondes, la démonstration solide mais le tout est offert au lecteur sans sécheresse, sans l’écriture « neutre » propre à de nombreux essais. Les chiens détiennent peut-être le secret de notre origine et la clé de notre devenir. Mark Alizart, solide étude étymologique à l’appui, relit le mythe d’Œdipe, passe en revue des figures de chiens dans la littérature ou des textes sacrés. « Beaucoup de propriétaires de chiens endeuillés peuvent avoir l’impression d’avoir perdu leur enfant. Ma propre expérience m’a plutôt conduit à me sentir orphelin. Ce n’est pas un enfant, mais un parent que j’avais perdu. » Passionnant et souvent émouvant.

En anglais (nouvelles) : Eley Williams, Attrib. and other stories, Influx Press, 2017, 170 pages, 9,99£

On croise une écrivaine de cette qualité tous les dix ans, au bas mot. Attrib. a été élu livre de l’année 2017 par cinq quotidiens de l’aire anglophone, dont The Guardian. Les short stories (nouvelles) d’Eley Williams tournent autour d’une idée : la difficulté de communiquer. Qu’il soit impossible de dire les choses ou que le choix d’un mot soit délicat, les narrateurs des 17 nouvelles sont confrontés à des limites et jouent avec. Dans The Alphabet, le narrateur, frappé d’aphasie, n’a plus d’outils pour dire son amour. Il déploie avec mélancolie une stratégie de reconquête du langage. Dans Smote, le monologue intérieur d’un narrateur incapable de se décider à embrasser celui/celle qu’il aime dans un musée est court-circuité par des pensées périphériques et des bribes de phrases. Dans Concision, le narrateur écoute un correspondant au téléphone et ne trouve rien à répondre à un discours dont nous ne saurons rien (ou si peu). Ici, dans un temps dilaté (procédé que l’on retrouve dans plusieurs nouvelles), c’est le moindre son extérieur, imperceptible (un battement de cil) qui exprime l’impossibilité de dire sinon en passant par la sonorité de mots étrangers. Toutes les short stories du recueil seraient à citer. L’écriture d’Eley Williams est d’une grande clarté et d’une immense intelligence. On attend avec impatience une traduction en français de ce chef-d’œuvre. Une tâche considérable mais passionnante pour un traducteur. À lire cet été, en anglais donc. Et ne me dites pas qu’avec toutes les séries en V.O que vous avalez en une année et un smartphone connecté vous ne serez pas capable d’apprécier la saveur d’un texte admirable !

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Jérôme Avenas

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