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L’Etat nous rend-il meilleurs ? De Ruwen Ogien, la liberté pour tous…

L’Etat nous rend-il meilleurs ? De Ruwen Ogien, la liberté pour tous…

28 mai 2013 | PAR Le Barbu

ruwenRuwen Ogien est directeur de recherche au CNRS. Il s’occupe principalement de philosophie morale et de philosophie des sciences sociales. Dans L’État nous rend-il meilleurs ? il s’intéresse à nos façons de concevoir la justice sociale et les libertés individuelles dans nos sociétés démocratiques « prospères » où la pensée conservatrice a conquis une certaine hégémonie intellectuelle, et ce, quel que soit le gouvernement.

Il est clair que pour les différents gouvernements qui se succèdent, quelle que soit leur tendance politique, le problème principal de nos sociétés est l’effondrement d’un certain ordre moral, occultant les inégalités, les inhumanités, les atteintes à la vie privée ou la surveillance illégitime. L’objectif de l’Etat est de restaurer cet ordre moral, plutôt que de régler les conditions économiques des populations défavorisées. L’exemple le plus flagrant est la proposition récente de notre ministre de l’éducation, monsieur Peillon, qui propose d’instaurer dans nos écoles des leçons de morale qui seront soumises à une évaluation. Comment le gouvernement pourrait-il faire croire un seul instant qu’un cours de morale hebdomadaire, même évalué et noté, pourrait changer les choses. Ça ne casse pas trois pattes à un canard… Autant pisser dans un violon devant ce projet autoritaire et totalement inadapté à notre société.

Dans cet essai sur la liberté politique, Ruwen Ogien montre que nous avons des raisons philosophiques de résister à cette pensée conservatrice et sa vision moraliste des urgences politiques, et de lui préférer les idéaux politiques égalitaire et libertaire. Ces idéaux sont plus en harmonie avec la conception de liberté politique qui paraît la plus juste : la liberté négative. Cette liberté négative, qui est un concept philosophique, est le fait de ne pas se soumettre à la domination ou à la volonté d’autrui. En opposition au concept de liberté positive qui a pour objectif de viser le bien, un monde meilleur où règne la maîtrise de soi, l’action juste, rationnelle et responsable. C’est une conception perfectionniste qui finalement affirme que la liberté n’est rien d’autre que l’obéissance à la loi. La liberté négative, quand à elle, se contente de définir les limites d’un espace de permissivité à l’intérieur duquel il n’y a ni obligation ni interdiction, où l’action politique n’a d’importance que dans la mesure où elle est un moyen d’échapper à la servitude et à la persécution individuelle ou collective.

Ruwen Ogien prône donc une société libertaire pour les mœurs et égalitaire d’un point de vue économique et social.

Un exemple : « jusqu’en 2003, la fellation et la sodomie, même en privé, entre adultes consentants et mariés, étaient passibles de sanctions pénales dans plusieurs États américains… » De quel droit l’État peut-il juger meilleures ou plus vertueuses que les autres certaines pratiques sexuelles ? Cela n’a aucune légitimité. Qu’est -ce qui est bien, pas bien, et pour qui ? Ce n’est pas bien d’exprimer des opinions dissidentes. Ce n’est pas bien d’appartenir à une minorité religieuse, ethnique ou sexuelle. Ce n’est pas bien de fouiller dans les poubelles en quête de nourriture et on risque même une amende de le faire. Ce n’est pas bien d’avoir un accès limité ou pas d’accès à des biens de base comme la santé l’éducation, l’information, l’emploi ou le logement…

Problématique d’actualité que cette question sur la liberté politique où finalement l’État peut nuire gravement à la santé de nos libertés fondamentales. La liberté n’est elle pas ce droit de pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui… ? « Cessons de confondre le droit et la morale ! »

L’état nous rendil meilleurs ? Folio Essais, 2013, 336 p., 9,10 €

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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