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Les paysages trompeurs de Marc Dugain : Voyage au centre du secret

Les paysages trompeurs de Marc Dugain : Voyage au centre du secret

25 octobre 2022 | PAR Bernard Massoubre

Avec les Paysages trompeurs, Marc Dugain relate avec brio une relation d’amitié et d’amour sur fond de forces spéciales et de services de renseignements. De celle qui fait les frères d’armes.

De la genèse du roman d’espionnage

Marc Dugain publie le second roman de la collection Espionnage, collection qu’il vient de créer chez Gallimard. Le premier titre, Des hommes sans nom, d’Hubert Maury et Marc Victor fixait le cap en termes d’écriture et d’informations sur ce monde opaque.

Les Paysages trompeurs est une histoire d’hommes, entre un soldat d’élite et un réalisateur de documentaires. Le premier revient meurtri d’une opération commando qui a échoué, le second découvre un peu tard qu’il a été « tamponné » par les services de renseignements israéliens. Et, c’est aussi l’histoire d’une femme, manipulatrice et sentimentale.

Les romans d’espionnage ont vu le jour dans les années 50 aux USA et une dizaine d’années plus tard en France. A l’époque, le microcosme parisien les trouvaient sexistes, licencieux et trop à droite. Les SAS de Gérard de Villiers ont pâti de cette mauvaise réputation. Pourtant, en dehors de ces critiques souvent légitimes, ses livres donnaient des informations de première importance sur ce qu’il était convenu d’appeler les Services secrets. Aujourd’hui, le temps des barbouzes et des officines privées semble révolu.

La nature humaine est attirée par ce qu’elle ne peut appréhender : l’occulte a toujours fasciné. L’engouement du public pour les espions est d’autant plus fort que le monde du renseignement s’ouvre au profane. La série télévisée Le bureau des légendes en est un exemple typique.

A la collection Espionnage de Gallimard

Gallimard a pris en compte cette donne et a sorti une nouvelle collection : Espionnage. Ce n’est pas sans analogies avec la Série noire fondée par Marcel Duhamel, en 1945, chez ce même éditeur.

En fait, la frontière entre le roman « policier d’espionnage » et le « roman Gallimard collection Espionnage » est ténue.

Les deux racontent une histoire. Certes, ce n’est pas la même mais aucune histoire ne se ressemble en fait.

Du côté de l’intrigue, le journalisme d’investigation et la police judiciaire évoluent en terre de connaissance. Entre eux, il y a un cadavre de différence, et encore pas toujours. Avec les Paysages trompeurs, l’auteur excelle dans ce domaine, comme avec La malédiction d’Edgar ou Une Exécution ordinaire. C’est du grand art.

Concernant la construction du récit, la qualité du style est présente chez Marc Dugain, comme elle l’est chez Raymond Chandler ou Dashiel Hammett. En fait, il n’y a pas de sous-littérature et de littérature noble, de romans de gare et de romans à Goncourt. Il y a des bons livres et des mauvais livres, tout simplement.

Pour des paysages trompeurs

Les Paysages trompeurs est une sorte de roman d’espionnage inversé, au début du récit du moins. Habituellement, le contexte géopolitique définit les actions des agents de renseignements. Or, dans son livre, Marc Dugain analyse avec acuité la psychologie de personnages pris dans la tourmente d’actions officieuses, à l’origine de stress post-traumatiques, de remords et de sentiments de culpabilité. Ce roman est inspiré de faits réels mais, dans le monde du renseignement, il ne faut pas confondre réalité et vérité.

Dugain a construit les Paysages trompeurs comme un puzzle, distillant par petites touches des situations qui évoluent. Dans ce roman, l’innocence n’y a pas sa place : chacun sait d’où il vient et où il va.

Dans ce livre, trois acteurs composent la saga : Ben, le réalisateur et Lévia. Par faiblesse ou par humanisme, Ben a échoué dans sa dernière mission et il a provoqué la mort de ses soldats et l’exécution d’otages. Le documentariste, quant à lui, consacre un film à des meurtres commis au Maroc et non résolus. Et puis, il y a Lévia, jeune femme belle et brillante, qui effectue sa dernière opération pour le Mossad.

Au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête, la géopolitique se met en place. Dans ce contexte, l’Iran, Israël et le dernier président américain républicain entrent en jeu. Ainsi, l’État hébreu veut contribuer à la non réélection de Trump qu’il considère comme un allié peu fiable contre le régime des ayatollahs.

Paysages trompeurs est un roman d’espionnage à lire sans modération. Marc Dugain a rendu une copie documentée et écrite avec des mots simples. Il enchantera le lecteur une fois de plus.

Paysages trompeurs de Marc Dugain. Éditions Gallimard, collection Espionnage. 227 pages, 19 €.

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