Livres
« Les Nombres » de Viktor Pelevine : le nouveau roman de l’enfant terrible des lettres russes

« Les Nombres » de Viktor Pelevine : le nouveau roman de l’enfant terrible des lettres russes

17 décembre 2014 | PAR Le Barbu

Né en 1962 à Moscou, Viktor Pelevine publie son premier roman en 1992. Depuis, il a reçu de nombreux prix littéraires et fut élu en 2009 « Intellectuel le plus influent de Russie » à l’issue d’une grande enquête menée par Open Space.ru. Lue par plus de 3 millions de Russes, traduite dans 33 pays, son œuvre est particulièrement appréciée au Japon, en Chine et en Angleterre. Après Les Nombres  en 2014, deux autres brefs romans (Opération Burning Bushet Les codes anti-aériens d’Al-Efesbi) paraîtront en 2015 chez Alma.

99852390

[rating=5]

Très jeune Stopia conclut une alliance avec le « 7 », un chiffre universel auquel recourent d’ailleurs les super-agents britanniques, les héros de contes populaires, les villes construites sur autant de collines et même des hiérarchies d’anges attachées au septième ciel…Néanmoins le « 7 » s’avère très vite décevant pour Stopia qui le quitte pour le « 34 ». Il en fait le chiffre clé de sa vie. En fonction de sa présence ou de son absence, sous forme de suite, de multiple ou de nombre, il dit oui ou non aux péripéties qui s’enchaînent dans cette ex-URSS où la grande affaire est de s’enrichir et jouir sans mourir. Dans un monde où les truands, terroristes, affairistes, crapules, ex du KGB, putes et poètes agissent selon leurs raisons, Stopia choisit la pensée magique déguisée en calcul mathématique pour se diriger. La protection va se révéler on ne peut plus aléatoire…

Après une formation d’ingénieur en électromécanique à l’Institut énergétique de Moscou, Viktor Olegovitch Pelevine suit un séminaire de création littéraire. Les récits et les romans de Pelevine reposent souvent sur des éléments fantastiques ou absurdes : train de voyageurs sans arrêt ni destination connue (La flèche jaune), personnage évoluant dans un monde transformé en univers de jeu vidéo (Le Prince du Gosplan) ou vivant une vie parallèle sous forme d’insecte (La vie des insectes)… L’aspect onirique de son œuvre fait de lui un héritier d’une tradition littéraire russe que l’on peut faire remonter à Nicolas Gogol. Les mythes de la culture officielle soviétique ainsi que les considérations d’ordre mystique inspirées par le bouddhisme sont également très présents. Ce mélange amène certains à qualifier l’œuvre de Pelevine de « postmoderne ».

« Je me demande bien Tchoubaïka, pourquoi on traite la bourgeoisie libérale de libérale. Elle est porteuse d’une idéologie totalitaire extrême. Si on l’y regarde de près, tout son libéralisme se réduit à la permission donnée aux travailleurs de s’enculer à volonté pendant leurs heures de repos » et Tchoubaïka répondait : « Excusez-moi Zouzia, mais c’est un grand pas en avant si on compare avec le régime qui percevait même cette activité comme sa prérogative ». .

Les Nombres est un roman lyrique, caustique, barré, déjanté, totalement amoral et cynique… L’auteur y analyse avec une froide lucidité l’absurdité d’une société russe livrée en pâture au libéralisme économique le plus sauvage. 

« Or, les autres devenaient des bêtes sauvages à cause de leur aspiration à agir rationnellement, alors qu’il était un homme sensé du fait de son obéissance à une règle irrationnelle que tout le monde ignorait. C’était la plus réelle des magies et elle était plus forte que toutes les constructions de l’intellect ».

« Les Nombres » de Viktor Pelevine, Alma Éditeur, Octobre 2014.

 

[Star Wars] George Lucas pense à l’épisode VII depuis 1983
Fin de la danse à la Monnaie de Bruxelles
Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture