Livres

Les Lisières, Olivier Adam reflète la crise de l’homme sans racines

01 août 2012 | PAR Yaël Hirsch

L’auteur de « je vais bien ne t’en fais pas »,  de »A l’abri de rien« , du « Cœur régulier » et  des « Vents contraires » passe des éditions de l’Olivier à Flammarion pour cette rentrée littéraire 2012 où il nous offre, à peine déguisée, une méditation auto-fictionnelle sur sa crise de la quarantaine et ses difficultés à venir d’un lieu « périphérique ». Blues divinement bien écrit d’un artistes en mal de centre de gravité autant que de joie de vivre, les Lisière est brut, solide et lancinant. Encore un immense texte d’Olivier Adam. En librairies le 22 août 2012.

Paul Steiner est un auteur et scénariste à succès qui s’est installé au bord de la mer en Bretagne. Après vingt ans à lutter à ses côtés et deux enfants adorés, sa femme, Sarah, jette le gant le met hors de la maison familiale. Au même moment, sa mère, qui vit toujours avec son père dans un petit pavillon de banlieue parisienne, est hospitalisée. Déjà très déprimé, Paul est forcé de passer une quinzaine de jours avec ses parents, sa mère perdant la mémoire et son père étant toujours aussi abrupt,  dans la ville de son enfance. Un voyage dans le passé qui lui rappelle avec tristesse son adolescence solitaire et anorexique, la bouillie culturelle qu’on sert aux classes défavorisées et qui lui permet de découvrir combien l’horizon s’est encore rétréci depuis son départ d’il y a 20 ans. Désormais, un CDI est une denrée rarissime, même au supermarché, et le racisme a gagné sur tous les plans pour les plus grands bonds en terme de vote de « La blonde », le tout bien sûr sur fond de télévision qui diffuse les images atroces de Fukushima.  Croisant un fantôme par coin de rue, Paul apprend des choses sur sa famille et sur lui qui remettent en perspective tout ce qu’il croit avoir fui et bâti ailleurs.

Olivier Adam a choisi le patronyme que Duras avait donné à son dernier amant pour un héros à la fois très proche et parti si loin dans les sphères de la mélancolie qu’on a bien du mal à le suivre. Peu tendre avec ce personnage principal souvent égoïste malgré sa grande sensibilité, plein de doutes sur lui-même et, à temps, violent, il déroule sous ses yeux un paysage social d’une noirceur absolument sans espoir. Un monde qui ne connaît que personnel soignant et pourvoyeurs de biens matériels et que le grand vent venu de la mer aveugle et fatigue parfois plus que le train train des barrières fermées et acceptées à grand renfort d’antidépresseurs.Celui qui y cherche un centre et un point d’ancrage semble peut-être encore plus malheureux que ceux et celles qui se sont résignés.

Olivier Adam, « Les Lisières », Flammarion, 464 p., 21 euros. Sortie le 22 août 2012.

« Il ne servait à rien de présenter des excuses, ni de fournir la moindre explication, j’avais disparu voilà tout, et je réapparaissais, méconnaissable sans doute, avec mes cent kilos, ma barbe, mes lunettes noires, mes cheveux trop longs, mes chemises à carreaux, mes dents refaites, parce que dix ans après m’être remis à manger elles étaient tombées une à une, ma cheville fixe qui me faisait boiter un peu, mon couple en lambeaux, mes enfants dont le manque me laissait incomplet et soumis au retour imminent de la douleur, mes dix romans publiés, mes scénarios portés à l’écran, ma vie de bord de mer, de vacancier permanent, j’avais disparu avant de déserter tout à fait, le travail, la famille, la patrie, j’avais tout laissé derrière moi et je m’étais planqué là où était ma place, tout au bord, en lisière« . p. 172.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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