Livres

Le vétéran et le gamin

25 juin 2010 | PAR Yaël Hirsch

Avec « Le retour de Jim Lamar » (Liana Levy) le savoyard Lionel Salün livre un retour de guerre 100 % américain. La rencontre d’un vétéran de la guerre du Viêt-Nam et d’un garçon de 13 ans à Standford est au cœur de ce récit juste, ciselé et néanmoins généreux, qui laisse toute la place aux fantômes du passé. Un de nos romans préférés de cette riche rentrée littéraire 2010.

Jim Lamar n’est pas mort au Viêt-Nam. Il a cependant disparu plus d’une décennie avant de faire un retour discret et néanmoins très remarqué dans sa petite ville de Stanford. Ses parents morts sans héritier, la maison a été pillée, mais c’est en ces murs que Jim Lamar a décidé de s’installer. Si ce retour qu’ils n’attendaient plus intrigue tous les voisins, seuls deux d’entre eux osent aller lui parler : l’ami d’enfance par lequel on avait eu vent de la survie de Jim et un garçon de 13 ans – le narrateur, Billy Brentwood- qui tombe sur lui en se blessant lors de jeux avec son cousin dans la forêt. La rencontre secrète du vétéran et du gamin encourage le premier à faire des confidences au deuxième. Leurs chemins ne font que se croiser, mais les récits de Jim marquent Billy pour toute sa vie…

Posant en quelques mots un vrai climat de far west aménagé par les années 1980, Lionel Salaün aborde de manière subtile, musicale et virile, le traumatisme du vétéran. Vu à travers les yeux de son jeune confident, le personnage de Jim reste mystérieux jusqu’aux bout, bien que toutes les ombres que la guerre ont fait ployer sur lui soient évoquées. Par le biais de la musique qu’écoute Billy, des habitudes de ses parents, des coutumes dont il se détache, comme celle d’aller aller la messe, c’est tout un pan de tradition et de transition américaine qui sont dévoilés. Et surtout, à travers le récit attribué au jeune adolescent, l’on sent l’effroi d’avoir tué, la culpabilité d’avoir survécu et l’on mesure combien la guerre du Viêt-Nam représente la perte de l’innocence pour de jeunes américain de 30 ans qui ne sont plus que des vivants en sursis après leur retour. Un roman poétique et vibrant à ne pas laisser passer.

Lionel Salaün, « le retour de Jim Lamar », Liana Levy, 250p., 17 euros.

« Mon univers était constitué d’êtres graves, sérieux, presque mornes, des individus capables de manifester, à l’occasion, d’une célébration quelconque, une satisfaction proche de l’allégresse, mais toujours avec retenue, les lèvres fendues d’un sourire maladroit, prêt à s’éclipser comme il était venu, hop, d’un coup. Le rire était souvent tonitruant, violent comme une tempête qui sans prévenir pouvait se muer en un rugissement de colère. La même perpétuelle vigilance derrière les cils, toujours cette foutue balance pesant en temps réel, avec une précision diabolique, le Bien et le Mal, le convenable et l’indécent, l’avantageux et le défavorable, un même regard froid, sans concession » p. 165.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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