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Le thriller trash de Virginie Despentes

21 juillet 2010 | PAR Yaël Hirsch

L’écrivaine et réalisatrice de « Baise-moi » revient avec un roman très attendu chez Grasset. « Apocalypse bébé » est un road-thriller entre Paris et Barcelone mettant en scène deux détectives privées à la recherche d’une ado très paumée… Si l’histoire est assez banale, c’est comme toujours par son style âpre et désenchanté que Despentes accroche son lecteur pendant 350 pages. Sortie le 18 août.

Lucie approche de la quarantaine et travaille comme détective privée sur les traces des adolescents difficile des bonnes familles parisiennes. Lorsque la petite Valentine, 15 ans, disparaît sous ses yeux,  et que sa grand-mère veut que Lucie elle-même la retrouve moyennant une grosse récompense, le rythme de la petite vie de la privée s’emballe. Sachant qu’elle n’a pas les compétences de travailler sur une histoire d’enlèvement, Lucie demande de l’aide à l’une des enquêtrice les plus en vue du moment : La Hyène est une belle lesbienne nymphomane quadragénaire, capable de tirer les vers du nez de n’importe qui. Plus qu’à un enlèvement, les deux détectives pensent à une fugue de la part de Valentine, dont le père écrivain s’occupe seul avec sa nouvelle épouse depuis de nombreuses années. Valentine est peut-être tout simplement partie sur les traces de sa mère, une belle femme mystérieuse qui a définitivement abandonné sa fille derrière elle. Débute alors une longue enquête qui commence assez « pépére » pour se finir sur l’apocalypse.

Donnant tour à tour voix à la jeune fille un peu paumée et très indépendante, aux deux détectives, au père, à la belle mère, et à l’indigne mère de Valentine, Virginie Despentes dresse encore une fois un portrait saisissant de notre société tout à fait sans Dieu, mais tout à fait pleine de classes sociales complétement opaques. L’intrigue est certes palpitante, mais ce qui tient le lecteur en haleine sont ces portraits francs, massifs et complétement désenchantés de personnages matérialistes, lâches, et embourbés dans des modes de rationalité qu’ils ont  construits à partir de leurs échecs, de leurs douleurs et de leurs amertumes. Même le personnage le plus vivant et sympathique du roman, La Hyène, grouille de désillusions. Paradoxalement, la plus pâlotte de l’histoire est l’enquêtrice première Lucie, dont l’idylle finalement trouvée en Espagne est bien décrite comme un infini à la portée des caniches. Et, malgré son côté auto-route sur laquelle n’importe quel mec passe, la figure la moins désenchantée du roman est la jeune Valentine. Si l’ado ne va pas jusqu’à la révolte, elle semble bien décidée à retrouver sa mère et la famille de celle-ci, coûte que coûte… jusqu’au retournement final qui tire un trait définitif sur tout espoir de transcendance. Haletant, mais très dur.

Virginie Despentes, « Apocalypse bébé », Grasset, 350p., 19 euros. Sorti le 18 août.

« Hors les romans, elle n’avait jamais vu de criminel en larmes demandant sincèrement pardon. Les histoires se ressemblaient toutes : le coupable se souvient de l’humiliation, la blessure, la terreur qui a présidé à sa décision de tuer. Ce qu’on lui a fait, à lui. Puis il y a un trou, dans sa narration. Il raconte, juste ensuite, l’injustice du traitement qu’on lui inflige, quand on le cherche pour le faire payer. personne n’ a jamais rien fait de mal. cet espace du réel où il a tué, torturé, massacré n’existe que pour la victime, si elle survécu au massacre. ceux qui expriment des remords, c’est toujours dans l’espoir d’adoucir la décision du tribunal. celui qui prétend regretter son geste ment. le bourreau ne se souvient pas. Il ne subsiste aucun lien entre l’acte perpétré et celui qui doit en répondre. Il ne pense qu’à l’agressivité dont il est victime quand on vient l’accuser. C’est aussi simple que ça. les victimes, elles, ont bonne mémoire : elles s’accrochent à l’injustice dont on s’est rendu coupable à leur endroit pour justifier les actes de barbarie qu’elles vont commettre à leur tour. mais l’assassin, lui, n’a aucun effort à faire : ça s’est détaché de lui. Ça n’était jamais vraiment lui. » p. 227

Toute la rentrée littéraire Grasset est ici.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

4 thoughts on “Le thriller trash de Virginie Despentes”

Commentaire(s)

  • Claire Linda

    Une bombe d’intelligence. Un roman trash avec une certaine idée du militantisme Les milieux sociaux sont décrits d’un regard précis, sans concessions, avec une cruauté rafraichissante, rien n’est convenu, convenables ou accommodant, c’est âpre, cruel, passionné. J’ai trouvé ce roman captivant, et le personnage de la Hyène est génial. Virginie Despentes fait certainement partie des meilleurs écrivains français d’aujourd’hui !

    août 21, 2010 at 11 h 37 min

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