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Le roman-hublot de Charles Danzig

17 septembre 2011 | PAR Sixtine de The

« Les hublots, la vie
Dans le hublot ovale, un tableau abstrait. Du bleu avec, ici et là, des virgules blanches. Cela paraîtrait immuable, et l’avion ne pas avancer si, après chaque battement de paupières, l’image suivante se révélait des migrations de virgules. Telles nos vies. J’ignore si c’est pour mettre du mouvement dans la sienne que Xabi est parti. Il doit pourtant savoir qu’on ne fait que changer de fixité. On part pour voir les autres et c’est toujours soi qu’on retrouve. Et s’il était parti pour s’arracher à la distraction que constituent les proches, les siens, enfin tous ces êtres dont les noms disent « prison » » ?

Dans son nouveau roman, l’auteur de Nos vies hâtives (2001) et du Dictionnaire égoïste de la littérature française (2005) met en scène un homme qui prend l’avion pour le Venzuela afin de retrouver un ami perdu. A lire chez Grasset.

C’est cet inconnu qui pousse le narrateur au souvenir de son ami, dans cet avion pour Caracas où il est parti le chercher. Récit marqué par l’absence, il se présente comme une série de chapitres-hublots qui tendent au rappel de l’ami disparu : « Sa voix ; Expressions, Remarques de Xabi pendant que son ami est parti fumer ; De la disparition ; Aucun homme n’est une œuvre ; Ce que l’avion change à ma façon de voir ». Xabi est un philologue mondain, subtil, impertinent. Il entretient depuis quatre ans une forte amitié avec le narrateur et lui transmet sa façon d’appréhender le monde. Par les mots, leurs interactions, leurs racines, leur semblant de destination. Un jour, il lui présente un ami vénézuélien et lui confie ses projets d’investigation sur leur dictateur Hugo Chavez. Alors, il part. Sans nouvelle depuis longtemps, le narrateur part à sa recherche, mais sans tellement d’espoir. Celui de le retrouver se voit en effet remplacé par celui, plus intime, de le comprendre, de lui ressembler. Le roman retrace alors la re-création nonchalante de l’ami adulé.

Si les jeux de mots du philologue, son humour désabusé et son charmant personnage amusent un moment, on regrette le ton boudeur adolescent – qui oscille entre ravissement et jérémiades – d’un narrateur quasi jaloux de son personnage. Des réflexions alléchantes mais souvent superficielles ; une distance imposée par l’écriture qui montre un auteur complaisant et souvent ravi de ses tournures. On est cependant happé par cette tentative attendrissante : et si l’auteur ne parvient pas à écrire ses fragments d’un discours amoureux, on sent tout de même un ton qui se fait plus juste, plus simple aussi, on est curieux face à cette volonté de compréhension de l’homme par le souvenir et l’appropriation de mille faits insignifiants.

Mais voilà. On a plus à faire aux hublots qu’au voyage, aux souvenirs rancis qu’à la vraie découverte, au pastiche qu’à la création.

Charles Dantzig, Un avion pour Caracas, Grasset, 304p., 19 euros.

« N’est-ce pas lui qui a dit que ce qui finit le plus souvent par l’emporter, c’est une forte personnalité jointe à un talent si démodé qu’il fait paraître l’auteur nouveau ? Encore aurait-il fallu qu’il l’écrive, son livre, au lieu de m’en laisser faire une misérable parodie.»

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Sixtine de The

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