Livres

Le prix Nobel Saramago s’en est allé

26 juin 2010 | PAR Margot Boutges

L’écrivain portugais José Saramago a rendu l’âme il y a trois jours sur l’île de Lanzarot aux Canaries où il vivait depuis plusieurs années (il a consigné ses chroniques insulaires dans ses « Cahiers de Lazarote »). Il était âgé de 87 ans. Le premier lusophone a avoir remporté le prix Nobel de littérature en 1998 a sN à des problèmes cardiaques et laisse derrière lui une veuve et un blog littéraire orphelin.

Il est issu d’une famille très modeste du Portugal et a exercé la profession de serrurier avant de se tourner vers le journalisme. Il ne s’est véritablement révélé comme écrivain que sur le tard. Son premier roman, Terre du péché est publié en 1947 mais il ne réussit vraiment à s’imposer en littérature que vingt ans plus tard, après avoir collaboré à la rédaction de nombreux journaux. Pour évoquer cette explosion tardive, il invoque le manque de confiance en lui. A partir des années 1980, sa production particulièrement foisonnante demeure ininterrompue.

Le thème de prédilection de ses ouvrages est l’Histoire portugaise. Saramago s’avoue « obsédé» par l’histoire de son pays mais n’écrit pas de romans historiques. Il pratique la relecture d’évènements historiques qu’il apprivoise par le biais de l’allégorie et de la parabole. A la manière de Gabriel Garcia Marquez, il est un représentant du réalisme magique qui fait s’immiscer le surnaturel dans la vie quotidienne. L’aveuglement, dans lequel tout un pays se retrouve frappée par la cécité est une sorte de contrepoint fantastique à La peste d’Albert Camus.

L’œuvre de Saramago rend compte d’une écriture très dense, qui malgré tout reste fluide et est empreinte d’une rare musicalité. Il fait fi des règles syntaxiques et est l’inventeur de sa propre ponctuation : Les virgules remplacent les points et les dialogues s’insèrent dans les structures de phrases, se fondant dans des blocs compacts de narration. Les voix de ses personnages se mêlent comme dans un grand concert et la sienne intervient au centre avec beaucoup d’ironie.

Très engagé, il possède de nombreux chevaux de bataille qu’il n’hésite pas à enfourcher malgré la frilosité de certaines maisons d’édition qui lui ont bien souvent fermé la porte. Cet auteur qui combattait l’embrigadement des peuples a engendré beaucoup de scandales. En 1995, cet antireligieux rédige le très iconoclaste Evangile selon Jesus-Christ dans lequel il raille les fondements de la chrétienté en présentant le Christ comme le jouet d’un Dieu frustré et assoiffé de pouvoirs. Cet ouvrage est fustigé par l’organe de presse du Vatican et par le Portugal, profondément catholique, qui l’accuse de porter atteinte au patrimoine religieux national. Le prix Nobel est cependant venu couronner son irrévérence en 1998.

Son dernier livre, Le cahier, est l’adaptation des chroniques rédigées pour son blog en version papier. Il alimentait son blog de manière régulière pour rendre compte de l’état du monde et en dénoncer les travers : Il a notamment cloué au piloris, avec beaucoup d’humour, la politique de malfrat de Berlusconi, les dérives du libéralisme, le « conservatisme médiéval » de Benoit XVI et le gouvernement Bush. Il était un grand amateur de la figure d’Obama, sauf lorsque celui ci tenait des paroles trop tendres à l’égard d’Israël. Saramago était pro-palestinien. En 2003, ils avait comparé Ramallah à Auschwitz, ce qui avait déclenché une vive polémique.

L’engagement politique de l’écrivain va plus loin : En 2009, il est inscrit sur la liste du PC portugais pour les européennes. Cet alter mondialiste craignait l’engloutissement de son pays pauvre dans l’uniformisation de l’Europe, vis à vis de laquelle il était très sceptique.

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Margot Boutges

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