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« Le Nid de cendres », un merveilleux avant-goût d’Avignon

« Le Nid de cendres », un merveilleux avant-goût d’Avignon

27 avril 2022 | PAR Julia Wahl

Les éditions Actes sud publient aujourd’hui Le Nid de cendres. Une pièce de l’auteur-metteur en scène Simon Falguières, qu’il montera cet été à la FabricA lors du festival d’Avignon… Ou comment aller, avant l’heure, à ce rendez-vous des amoureux.ses du théâtre.

Une pièce foisonnante

Le Nid de cendres, c’est un entrelacement d’histoires a priori sans lien entre elles : un roi tout droit sorti de Pelléas et Mélisande, un jeune couple tout ce qu’il y a de plus contemporain, ou encore une troupe d’acteurs à la mode Capitaine Fracasse. Mais c’est aussi Sarah, qui nous raconte ces histoires à la manière d’une Shéhérazade, et des prénoms qui nous appellent tout de suite du côté du conte et du théâtre : Argan, Louison et Bélize, Princesse Anne et ses frères… Tout cela crée un foisonnement sans précédent, à côté duquel les pièces historiques de Shakespeare semblent aussi synthétiques que des tragédies raciniennes.

Car, puisqu’il est question de théâtre, Shakespeare lui-même fait une petite incursion dans l’histoire, de même que Homère et Sophocle. Il faut dire que certains thèmes nous rappellent des schèmes bien connus : un président déchu aux allures de Roi Lear, un enfant abandonné à la naissance promis à un destin hors-normes, une traversée des mers toujours plus périlleuse… N’allez pas pour autant croire que Simon Falguières se contente de coudre entre elles les légendes qui nous ont bercé.e.s : mises à distance autant que convoquées, ces histoires nous conduisent dans un monde de merveilles et d’humour.

Un monde de merveilles et d’humour

L’une des réussites du projet est de parvenir à nous proposer une épopée cohérente à partir de sources a priori disparates. Nous suivons ainsi une pléthore de personnages – la dramatis personae en compte pas moins de 57 ! – dans les fils méandreux de vies pour le moins inattendues. Sans nul doute, c’est le recours à l’humour et au merveilleux qui nous séduit d’un bout à l’autre de la pièce : le monde est ainsi comparée à une pomme dont chaque moitié correspond à une cosmogonie bien particulière, l’une avec un univers qui nous ressemble, l’autre un univers peuplé de fées et de reines endormies. L’enjeu sera alors de créer la rencontre entre ces deux espaces à première vue antagoniques, grâce à deux personnages promis l’un à l’autre, Anne et Gabriel.

Cette réunion se fait par l’influence progressive de chacun des univers par l’autre, le merveilleux débordant le lieu qui lui était imparti. Son immixtion sur toute la surface de la pomme rend caduque la distinction entre réalisme et fantastique : le féérique est désormais présent partout, comme dans les pièces symbolistes dont l’auteur dit s’inspirer. La pièce nous embarque alors dans un pays où les marraines sont fées et nous permet de rejoindre la pays de l’enfance et des rêves, à la manière de Peter Pan.

 

 

Le Nid de cendres, Simon Falguières, Actes sud, 2022, 376 pages, 23 € (édition numérique : 16.99 €).

A voir cet été : du 9 au 16 juillet (relâche les 11 et 14 juillet) à la FabricA. Durée : 13 h.

Visuel : couverture du livre

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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