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Le garçon qui voulait dormir, d’Aharon Appelfeld

29 avril 2011 | PAR Marie-Salome Peyronnel

L’auteur de « Badenheim 1939 », d’« Histoire d’une vie » et de «La Chambre de Mariana » (tous disponibles chez l’Olivier dans des traductions de Valérie Zenatti) aborde dans le bouleversant « Garçon qui voulait dormir » son rapport complexe à l’Hébreu, sa « langue maternelle adoptive ». Sortie le 28 avril.

Erwin est un jeune juif de seize ans né en Bucovine. Depuis la fin de la guerre il est plongé dans un épais sommeil dans lequel il sombre involontairement, comme pour échapper à l’accablante réalité. Il y retrouve les morts et son village natal. Des réfugiés incapables de le sortir de sa torpeur, le transportent endormi avec eux. Il traverse ainsi des kilomètres porté par des inconnus errant à travers l’Europe. Lorsqu’il reprend ses esprits, Erwin est à Naples entouré de rescapés de la Shoah. Chaque visage qu’il croise, chaque démarche entr’aperçue lui rappelle un oncle ou un parent qui faisait partie de sa vie antérieure ; celle où son père écrivait sans trouver d’éditeur, où sa mère préparait du chocolat chaud et où leur bonne Victoria n’était pas la nouvelle propriétaire de la maison où il a grandi.
Il rencontre alors Efraïm qui regroupe autour de lui des hommes qu’il prépare à immigrer en Terre Promise. Pour devenir un pionnier, Erwin doit apprendre l’Hébreu, suivre un entrainement physique, une formation militaire et surtout changer de nom. Il devient alors Aharon. Loin d’être anodin, ce changement bouleverse Erwin et certains de ses camarades. Ils ont peur de trahir leurs parents en abandonnant le prénom choisi par eux.

Ce roman est la lutte qu’Erwin mène pour émerger d’une longue nuit et apprendre la « langue de la mer » sans trahir sa langue maternelle. Entre un passé réduit en cendres et un Etat hébreu en train de naitre dans le sable du désert, Erwin ne peut choisir sans souffrance.Aharon Appelfeld nous raconte ici une histoire d’une humanité troublante. Le lecteur est plongé dans les affres du deuil d’un jeune homme qui, par certains aspects, est Appelfeld lui même. L’auteur parle admirablement bien de la culpabilité des survivants à l’égard de leurs familles, de la déchirure insurmontable dans la vie des réfugiés mais aussi de la puissance de l’écriture dans la renaissance d’un homme. En effet, ce livre est également celui d’une victoire sur la douleur. Une fois encore, Aharon Appelfeld signe un ouvrage magistral.

Aharon Appelfeld, Le garçon qui voulait dormir, trad. Valérie Zenatti, L’Olivier, 240 p., 21 euros, Sortie le 28 avril 2011.

« ‘Tu utilises des mots incompréhensibles.
– Moi ?
– Tu parles apparemment une langue secrète.’
Mal à l’aise, je ne sus que répondre, avant de comprendre que je mélangeais les mots de la maison aux mots nouveaux et j’essayais de les distinguer. Il fallait que je lui raconte tout ce que j’avais traversé depuis que j’avais été séparé d’elle, mais cela me parut au-dessus de mes forces, comme un amoncellement de pierres fendues qu’il me faudrait porter sur le dos.
‘- Maman, je ne peux pas, pas maintenant.
-Ce n’est pas grave.’ » p. 63

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