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Le droit de noter, de Marc Ladreit de Lacharrière, Portrait des agences de notation face à la crise

27 novembre 2012 | PAR Jean-Paul Fourmont

Les éditions Grasset publient Le droit de noter. Les agences de notation face à la crise, un essai de Marc Ladreit de Lacharrière. L’auteur est le fondateur et le président de Fimalac, un groupe international qui possède notamment Fitch ratings, la troisième agence de notation dans le monde.

La fondation de Fitch

Le laxisme économique de François Mitterrand lui donna envie de créer une agence de notation. Ainsi il fonda Fitch, dont le siège social est à Londres et qui fonctionne avec des capitaux français. L’auteur critique, par ailleurs, le fait que Bernard Tapie soit devenu une « icône » des « années Mitterrand ».

La crise des subprimes

Marc Ladreit de Lacharrière rappelle l’historique de la crise des subprimes, qui vient des Etats-Unis d’Amérique. L’origine de cette crise provient de la volonté des présidents américains de faire accéder les plus démunis à la propriété. Ce qui a, par la suite, créé une bulle immobilière. L’optimisme légendaire des Américains ne leur a malheureusement pas permis d’imaginer que la valeur de l’immobilier résidentiel puisse baisser. Pour l’auteur, la majorité de la population américaine continue d’avoir une âme d’immigrée et, souvent, ces populations sont plus optimistes que les autres. Se généralisant, la crise des subprimes devint une crise financière mondiale. Pour Marc Ladreit de Lacharrière, la crise n’est pas finie, loin s’en faut.

Marc Ladreit de Lacharrière reproche vertement aux présidents Bill Clinton et George Bush d’avoir dopé artificiellement la politique économique américaine. Le constat est sans appel : au fil des années, l’Etat américain « a poussé à l’irresponsabilité les acteurs de la chaîne de crédit et a acculé à la faillite nombre de familles qu’il prétend aider ». Un grand nombre de ménages américains ont en effet acheté des biens immobiliers, qu’ils achetaient en vue de les revendre avec profit sans pour autant devoir rembourser leur crédit dans l’intervalle. Ils dissimulaient le fait qu’ils n’allaient pas habiter ces logements. Quand le marché s’est effondré, ils n’ont pas honoré leurs dettes. La créativité financière s’est trop écartée de l’économie réelle. Cette crise est devenue mondiale, parce que le monde a financé la bulle immobilière américaine.

Les relations tendues avec le pouvoir politique

Durant le précédent quinquennat, Nicolas Sarkozy écrivit à Angela Meckel une lettre « où le souci de l’effet d’annonce primait l’analyse ». L’auteur s’étonne que le président français Nicolas Sarkozy fût si mal conseillé. A cet égard, il met en avant toute une série de fariboles qui peuplent le cimetière des illusions perdues. Marc Ladreit de Lacharrière raconte par exemple sa rencontre avec Nicolas Sarkozy, laquelle s’est mal passée. Le président lui reprocha de vouloir acheter le quotidien « Les échos » et ne voulut pas parler de la situation de l’économie mondiale.

Par contre, la rencontre avec le premier ministre Fillon se passa bien. Il comprenait parfaitement la situation financière. Pour mémoire, rappelons que celui-ci indiqua de façon fracassante qu’il se trouvait « à la tête d’un pays virtuellement en faillite ».

Les tergiversations de l’Etat par rapport aux banques

L’auteur reproche à l’Elysée de n’avoir rien fait contre les banques d’affaire, qui avaient pourtant inventé les produits toxiques. Le shadow banking, ou système financier parallèle, n’a jamais été aussi puissant, avec tout ce que cela implique en termes d’incertitudes.

Plutôt que de s’en prendre aux banques, le président Sarkozy affirma que les agences de notation étaient directement responsables du marasme économique. Ce faisant, il appliqua la fameuse (et pratique) « théorie des boucs émissaires » qui prévaut à chaque fois que survient une crise. Il s’agit de trouver rapidement un responsable, lorsqu’il y a une crise. Pourtant, quand une entreprise est en crise, l’expert-comptable n’est pas le responsable de la crise. Les agences de notation ne seraient donc pas coupables. Par ailleurs, celles-ci n’ont pas le pouvoir d’intervenir sur les marchés.

L’auteur fait remarquer que l’existence de la monnaie unique européenne a permis aux Etats de la zone euro de s’endetter à des taux très bas, sans pour autant consentir aux efforts d’adaptions que Marc Ladreit de Lacharrière juge on ne peut plus nécessaires.

La France doit se réindustrialiser

L’auteur note qu’outre-Atlantique le président Barack Obama prêta de l’argent à l’industrie automobile américaine, avec comme condition de devenir plus compétitive, alors qu’en France les pouvoirs publics prêtent de l’argent sans condition. Le résultat, c’est que General Motors a finalement pu prendre une participation de sept pour cent dans Peugeot.

L’auteur souligne que « les heureux du monde » sont de plus en plus riches. Il faut selon lui un capitalisme plus solidaire. Selon le Giving index, qui mesure la générosité des populations selon la nationalité, la France se classe au 80e rang sur 153 pays… Pour l’auteur, les milliardaires ne veulent plus être simplement des « cash machines ». Les grands entrepreneurs américains se définissent, de façon ironique, comme des « libéraux communistes».

Dans cet ouvrage, Marc Ladreit de Lacharrière prend parti pour les agences de notation. Ce n’est pas une surprise. Par contre, là où il excelle, c’est dans le constat qu’il dresse des forces et faiblesses de l’économie mondiale. L’ouvrage est extrêmement intéressant, alerte et documenté, sans être trop réservé à des initiés. Il fait aussi l’éloge de la philanthropie et de la bienfaisance (chère à nos amis américains, comme le rappelle l’ouvrage Charity business paru aux éditions Vendémiaire). L’analyse de ses rapports avec l’ancien président de la République est passionnante. Ce livre est tout à fait honnête.

Marc Ladreit de Lacharrière, Le droit de noter. Les agences de notation face à la crise, Grasset, octobre 2012, 163 p., 15 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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