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Le dîner d’Herman Koch ne soignera pas vos brûlures d’estomac…

Le dîner d’Herman Koch ne soignera pas vos brûlures d’estomac…

28 mars 2013 | PAR Le Barbu

Herman Koch est un romancier et acteur néerlandais né le 5 septembre 1953 à Arnhem. Il est aussi connu pour ses éditoriaux dans le journal de Volkskrant, ainsi que comme réalisateur d’émissions de télévision. Koch écrit aussi sous le pseudonyme de Menno Voorhof. De 1990 à 2005, il est acteur et scénariste de la série humoristique Jiskefet diffusée sur VPRO. Son roman Het dinner (Le dîner) remporte le Prix du public pour un roman néerlandais (Publieksprijs voor het Nederlandse boek) en 2009. Il se vend à plus d’un million d’exemplaires.

Réédité en format poche aux éditions 10/18 Le dîner,  premier livre de cet auteur néerlandais qui nous parvient en français, est un succès phénoménal aux Pays-Bas où il s’est vendu à 400.000 exemplaires depuis sa sortie en 2009. Alliance détonante d’une comédie de moeurs à l’humour ravageur et d’un roman noir à la tension implacable, Le Dîner dresse le portrait de notre société en pleine crise morale. Orchestré comme un menu, de l’apéritif au pourboire, en passant par l’entrée, le plat et le dessert, il met en scène quatre personnes. Deux frères se donnent rendez-vous avec leurs épouses dans un restaurant branché d’Amsterdam. Paul, le narrateur, est un professeur d’histoire mis en disponibilité. Il pense avoir réussi sa vie et semble heureux. Son frère, Serge, un homme politique célèbre, est en passe d’être élu Premier ministre du Pays. Tout les oppose : leur mode de vie, leurs idées politiques, leurs fréquentations. Hors-d’oeuvre : le maître d’hôtel s’affaire. Plat principal : on parle de tout, des films à l’affiche, des vacances en Dordogne. Dessert : on évite soigneusement le véritable enjeu du dîner, les enfants. Car ils vont devoir faire face à une réalité commune : la violence inouïe de leurs enfants respectifs qui ont commis un acte tout à fait immonde, d’une violence inouïe, un terrible crime. Un café, un digestif, l’addition. Reste la question : jusqu’où irions-nous pour préserver nos enfants ?

Le dîner est de ces romans drôles, cyniques et noirs, qui prêtent à réfléchir longtemps après que l’on ait tourné la dernière page. Le thème est inspiré d’un cas réel qui s’est déroulé à Barcelone où deux jeunes de 16, 17 ans ont fait ce qui est raconté dans ce roman à une SDF endormie dans le hall d’une banque. Mais filmés par les caméras de surveillance, ils ont été arrêtés le jour même. Ils n’étaient pas des skinheads mais deux garçons très normaux. Trop normaux ? En Espagne, cette affaire a interrogé les parents qui se sont demandé ce qu’ils avaient fait de mal dans l’éducation de leurs enfants.
La construction du scénario est très habile. Herman Koch rythme ce dîner par des flash-back nous permettant de découvrir peu à peu les personnages et leur histoire respective.
Entre l’apéritif et le dessert la tension monte, les rivalités s’exacerbent, les personnalités se dévoilent. On glisse en pente douce d’une critique satirique de la société à une vision franchement nauséabonde.
Racisme, éducation, intégration, justice, sont autant de thèmes abordés au long des 300 pages de ce livre.  Herman Koch se met alors à découper au scalpel les attitudes parentales complaisantes et son roman, si bien construit, nous laisse finalement avec une poignée de questions sur la morale et ses sales petits arrangements. Bref, si le dîner provoque quelques lourdeurs à l’estomac, c’est pour mieux nous interroger : Comment réagir face à l’inconcevable ? Comment les mineurs doivent-ils être jugés ? A quel âge est-on responsable ?…Il n’est pas facile d’avoir une réponse à ces questions.

Sur fond d’humour et de causticité, ce dîner est à consommer sans modération !

Traduit du néerlandais
par Isabelle Rosselin

Ed. 10/18

Prix: 8.10 euros

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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