Livres

Laisser les cendres s’envoler, Nathalie Rheims réactive le deuil de la mère

08 août 2012 | PAR Yaël Hirsch

Dix ans après la mort de sa mère, Nathalie Rheims revient sur sa relation douloureuse avec celle qui l’a quittée juste avant l’adolescence et dont elle avait fait le deuil de son vivant. « Laisser les cendres s’envoler » est un livre aussi dur que courageux, qui lève le voile sur mille et un secrets d’une grande famille de banquiers juifs où la première chose que l’on apprenait aux enfants était de ne jamais expirmer à voix haute leurs sentiments. En librairie le 22 août aux éditions Léo Scheer.

Après avoir été adorée par sa mère, une jeune-fille de 15 ans se retrouve du jour au lendemain seule parce que celle-ci est partie vivre avec un soit-disant artiste de génie dont elle est tombée folle amoureuse. Dans la famille d’hommes d’affaires de l’adolescente abandonnée, on a le culte du silence. Et du secret. Père absent, personne à qui parler si ce n’est l’oncle patriarche dans le domaine familial qui lui conseille de bien se tenir, la narratrice finit par trouver une raison de vivre dans les pièces de Molière et le théâtre. Elle entre au conservatoire, se loue sa propre petite chambre, mais a l’impression de rejouer l’abandon de sa mère à chaque relation. Elle arrête de manger, pour que ça se remarque; mais sa mère est ailleurs, enfouie dans son histoire d’amour avec son amant et bientôt son mari prétentieux. La survie commande alors à la jeune-femme perdue de porter le deuil de sa maman avant sa mort et de rompre définitivement avec une famille …

Mais la suture est longue. Existant envers et contre tous les dressages familiaux au silence, l’écriture de la douleur n’arrivera que bien après le décès physique, soudain et inexpliqué de la grande disparue. Livre fort, impudique, courageux, « Laisser les cendres s’envoler » percute de plein fouet de nombreux tabous dans une langue à la fois claire et sinueuse. Nathalie Rheims décrit tels quels des chagrins profonds de l’adolescence qui semblent ne pas avoir pris une ride ou un trait d’estompe, tant ils ont été enfouis. Un roman à la fois tendre et féroce, d’une très grande beauté.

Nathalie Rheims, « Laisser les cendres s’envoler », Léo Scheer, 255 p., 19 euros.

« Je me heurtais à un mur et notre ultime dîner m’avait fait comprendre que tout était perdu, qu’il ne servait à rien que je me détruise, que j’arrête de m’alimenter, que je pleure, hurle ou me taise. Ma mère, celle que j’avais adorée, avait disparu, sans retour possible et rien, pas même un appel à témoins, ne pourrait me la ramener. » p. 151.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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