Fictions
“La Treizième Heure” ou la revanche d’un monde non binaire

“La Treizième Heure” ou la revanche d’un monde non binaire

18 août 2022 | PAR Marianne Fougere

Emmanuelle Bayamack-Tam reprend son nom de plume pour creuser des thématiques déjà abordées dans Arcadie. Un Acte II réussi.

 

Ce billet se doit de commencer par une confession : son auteure n’a pas lu le précédent livre d’Emmanuelle Bayamack-Tam. Quelle n’a pas été donc sa surprise quand elle a découvert que la narratrice d’Arcadie s’appelle Farah comme l’un des personnages principaux de La Treizième Heure. Surprise redoublée à la lecture de la recension de Julien Coquet pour Toute La Culture : “Née fille, Farah se transforme en garçon”. Déjà, la question du genre mais à une différence près cependant : “notre” Farah est cette fois-ci née intersexuée. Et elle ne vit pas dans une communauté où “l’on se balade nu et l’on couche avec tout le monde” mais dans une communauté religieuse.

La Treizième Heure est néanmoins une Église millénariste un peu spéciale : féministe, queer, animaliste et acquise à la cause des poètes et des dominés, des angoissés et des humiliés. Si Farah y vit c’est parce que son père en est le fondateur et qu’il l’élève seul depuis le départ de sa mère. Le roman se découpe en trois grandes parties et, ce faisant, donne à tour de rôle la parole à chacun des membres de cette famille iconoclaste et pourtant si moderne. Ainsi, il se transforme en enquête quand Farah découvre que son père, Lenny, lui a menti sur sa filiation. Ce dernier reprend le fil du récit, pour chanter son amour de la poésie et de Hind. Dernier volet de la saga : l’émancipation de cette femme trans d’origine algérienne que la vie a couverte de boue mais qu’Emmanuelle Bayamack-Tam parvient à transformer en or.

Car l’autrice marseillaise réussit à éviter les travers pointés par certains lecteurs dans son dernier opus. Si elle ne tombe pas dans les clichés c’est que sous sa plume se mêlent questionnements ultra contemporains et réalisme magique. Mais, surtout, elle abandonne le prisme communautaire ou, selon certains, communautariste… Les bouleversements d’identité et de genre sont abordés ici du point de vue des individus. Libre alors à ces derniers de se retrancher du monde, qui ne veut pas d’eux de toute façon. Ou, au contraire, d’entrer en dissidence.

 

Emmanuelle Bayamack-Tam, La Treizième Heure, Paris, P.O.L, sortie le 18 août 2022, 512 p., 23 euros.

Visuel : couverture du livre

“Les chairs impatientes” ou la dissection du désir féminin
“Débarquer” ou comment se laisser embarquer par Hugo Boris
Marianne Fougere

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