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La réédition de Fight Club de Chuck Palahniuk, un regard lucide et violent sur nos sociétés contemporaines.

La réédition de Fight Club de Chuck Palahniuk, un regard lucide et violent sur nos sociétés contemporaines.

04 décembre 2013 | PAR Le Barbu

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Pour beaucoup de monde, Fight Club est le film de David Fincher exhibant les abdos de Brad Pitt sur une énorme B.O des Dust Brothers. Mais c’est surtout l’adaptation cinématographique de l’excellent roman écrit en trois mois par Chuck Palahniuk et qui vient d’être réédité une seconde fois en format poche dans la collection Folio SF.

Le film, projeté dans les salles obscures en 1999, avait été extrêmement mal vendu. Non pas que ça avait été un échec cinématographique et commercial, mais pour beaucoup de monde, Fight Club n’est qu’un film violent, un blockbuster à l’américaine qui n’avait pas grand intérêt à part les combats clandestins qu’il mettait en scène, et dont la pub n’était diffusée que pendant les soirées télévisuelles de catch… Mais Fight Club est avant tout l’adaptation au cinéma d’un roman de Chuck Palahniuk écrit en 1996. Ce roman puise sa force et son style frénétique dans les refus qu’avait essuyés son auteur auprès de nombreuses maisons d’éditions. Pour l’anecdote, Chuck Palahniuk avait écrit un autre roman avant Fight Club. Mais ce roman jugé trop violent par les éditeurs s’étaient retrouvé à la poubelle. Suite à ce rejet, Chuck Palahniuk décide d’en écrire un autre, plus violent encore, et en un temps record : 3 mois. Bingo ! Fight Club est édité, devient un best seller et lance la carrière de Chuck.

Au-delà des combats clandestins, ce livre est un roman magistral, une critique acerbe et lucide de la société américaine, et plus largement, de nos sociétés contemporaines. Fight Club, c’est d’abord l’absurdité de nos modes de vies, d’une consommation débridée, inutile et sans limite, d’un langage ramené au logo, d’un homme moderne, mouton social, mou comme de la mie de pain, vivant dans la peur et l’angoisse d’un lendemain vidé de sens. La mondialisation, la sexualité, la construction physique, sont autant de leurres qui nous font croire que le bonheur se trouve dans un modèle, une idée unique, qui sert une propagande consumériste. Le rêve n’existe pas, il n’est que la représentation de ce que l’homme n’est pas. Un homme schizophrène prêt à tout pour devenir cet autre qui le coupe de lui même.

Bref, un roman coup de poing, à lire absolument !

« C’est seulement quand on a tout perdu qu’on est libre de faire tout ce qu’on veut [ …] Les choses que nous possédons finissent pas nous posséder […] Nous allons faire éclater la civilisation en morceaux pour pouvoir faire du monde quelque chose de meilleur [ …] Le professeur qui nettoiera mon chemin de toutes mes possessions me libérera [ …] Que peux tu savoir de toi tant que tu ne t’es pas retrouvé au milieu d’une bagarre ? »

Chuck Palahniuk, Fight Club, Folio S.F.

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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