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La nuit et le jour : Henri Guaino mémorialiste sans fougue

21 octobre 2012 | PAR Jean-Paul Fourmont

Comme Jacques Attali en son temps avec Verbatim, Henri Guaino publie ses souvenirs aux éditions Plon. Dans La nuit et le jour, Henri Guaino revient sur sa collaboration avec le Président Nicolas Sarkozy durant ces cinq dernières années; mais il semble avoir épuisé toute son l’énergie.

LA PLUME EST SERVE, MAIS LA PAROLE EST LIBRE

Henri Guaino commence son ouvrage par le rappel d’un principe général du droit, selon lequel « la plume est serve, mais la parole est libre ». L’adage rappelle le principe d’obéissance du parquet à la chancellerie et évoque l’idée de soumission. Il s’agit d’une disposition technique : les écrits du procureur peuvent être contredits par ses explications orales, l’obéissance se limitant aux réquisitions écrites.

Les raisons qui ont conduit l’ancien conseiller spécial du Président de la République à placer cet aphorisme en exergue du présent livre ne sautent pas aux yeux…

N’AYEZ PAS D’ARMERTUNE, ON NE CONSTRUIT RIEN SUR L’AMERTUNE

En quittant ses fonctions de magistrat suprême en mai dernier, le « candidat sortant », pour reprendre la célèbre formule de son challenger aujourd’hui à l’Elysée, aurait dit à ses collaborateurs que l’on ne construit rien sur l’amertume.

Ce qui est en revanche paradoxal, c’est que l’ouvrage de l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy est empli de nostalgie, de tristesse et de mélancolie. En effet, au fil des pages, la plume du Président sortant s’emploie à défendre l’ancienne majorité UMP-Nouveau Centre.

Pour défendre Nicolas Sarkozy, il a notamment choisi d’évoquer son ancien instituteur d’Alès, mais il passe sous silence les raisons de l’échec. Au mieux, il évoque les excès de la culture du résultat du prédécesseur de François Hollande à la tête de l’Etat. Sans se perdre en fioritures et en explications, les discours de Latran et de Dakar sont mentionnés, ainsi que le – houleux – débat sur l’identité nationale.

LA HAINE

« Vous savez pourquoi ils l’ont tant détesté ? Parce qu’il voulait gouverner. Tous ceux qui avaient pris l’habitude de ne plus être gouvernés, de vivre entre eux, avec leurs petits arrangements, leurs petits privilèges, explique Henri Guaino, tous ceux-là l’ont détesté ».

Pourtant, le Sarkozy qu’il a côtoyé à l’Elysée pendant quelques cinq années ne correspond pas du tout à celui qui est habituellement décrit dans la presse. Pour le démontrer, Henri Guaino évoque ses nombreuses rencontres avec l’ancien Président de la république, instants qu’il tient pour des « moments de sincérité ». Avec force détails, il relate toutes les nuits d’insomnie durant lesquelles il écrivait pour son grand homme.

L’AVENIR

Pour Henri Guaino, l’élection de François Hollande n’est pas sans rappeller le spectre de la IVième République et surtout la figure de Guy Mollet, le tout dernier leader de la SFIO (i.e. le PS de l’époque), synonyme d’électoralisme, d’échecs répétés (guerre d’Algérie et de défaite à Dien Bien Phu) et finalement d’inertie.

Le livre d’Henri Guaino est finalement un peu décevant. Le lecteur est en droit de se demander où est passé tout le lyrisme de l’ancien conseiller spécial du Président Nicolas Sarkozy. On aimerait également que la plume d’Henri Guaino se libère, qu’elle s’exprime davantage, mais malheureusement nous sommes encore loin de « l’homme vertueux » de La Bruyère.

La nuit et le jour,d’Henri Guaino, Plon, Septembre 2012, 281 p., 19,9 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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