Livres

La mauvaise rencontre, Philippe Grimbert

18 mai 2009 | PAR La Rédaction

deburgePar Laurent Deburge

Troisième roman de Philippe Grimbert, psychanalyste et auteur d’Un secret (2004), La mauvaise rencontre est l’histoire d’une amitié fusionnelle, entre Loup, le narrateur, et Mando, deux enfants qui se sont connus dans un square parisien. Initiations communes, premières découvertes, livres, filles, politique… les deux garçons grandissent ensemble et nourrissent les mêmes centres d’intérêt, dont le spiritisme, promu par des épigones d’Allan Kardec croisés au Père Lachaise. La vie allant, l’individuation doit faire progressivement son œuvre et les chemins divergent : Loup va s’intéresser à la psychanalyse, et rencontrer le « Professeur Psychopompe », comme le surnomme Mando, portrait transparent de Jacques Lacan. Son ami préfère quant à lui le droit et l’économie. Au gré des manquements et des trahisons dont Mando s’estime victime, la rupture s’annonce.

Cette séparation révèlera à Loup à quel point Mando a investi leur relation : une amitié prioritaire, exclusive, totale, impliquant un engagement sans limites, sans faille. Mais cet absolutisme est le symptôme d’une autre faille, bien plus profonde, au sein de la personnalité de Mando. Loup s’en rendra compte trop tard et assistera impuissant à la dérive psychique et psychotique de son ami d’enfance, qui s’abîme dans un délire spirite.

Loup recevra ainsi une leçon d’humilité, sur la difficulté à faire profession de lucidité, la psychanalyse, sans avoir décelé à temps ce qui pourtant s’annonçait, et de se confronter à l’amer constat, toujours occulté, que dispense le Professeur : « On ne devient pas psychotique, on naît psychotique ».

Porté par son écriture souple et précise, Philippe Grimbert livre un beau roman sur la culpabilité : celle d’avoir été trop aimé, de ne pas pouvoir être à la hauteur de l’amour que l’on nous porte, et d’être ainsi malgré soi l’origine d’un malheur, la « mauvaise rencontre » qui donne son titre au livre.

C’est aussi un livre sur le deuil, la fidélité et ses manquements. D’autres personnages, féminins, figures aimées et aimantes, entourent Loup : Nine, la nourrice, la seconde maman pour qui Loup est « tout », le « sens de sa vie », mais dont il s’éloignera pourtant ; Gaby, la vieille dame à l’époustouflante vitalité, la copine qui mène grande vie à Montparnasse et qui sera rattrapée par l’âge et les conséquences des excès passés.

La mauvaise rencontre est une réflexion sur la finitude et l’irrémédiable, sur nos échecs à affronter la détresse, la mort mais peut-être surtout l’amour des autres, et le remords qui en découle.

« La vie me promène sans but, dans la terrible solitude où mes fantômes m’ont laissé. Ils traînent de lourdes chaînes, celles qui me lient à leur souvenir. Leur poids est celui des serments auxquels je n’ai pas été fidèle, celui de leurs mains que je n’ai pas serrées, des baisers que je leur ai refusés. Le sentiment de ne pas avoir accompli le geste qui s’imposait dormait depuis longtemps en moi, d’un sommeil de chat, toujours aux aguets. Aujourd’hui il est insistant, impossible à écarter, accompagné de son fidèle compagnon : le souvenir des promesses non tenues. » (p. 208)

La mauvaise rencontre, Philippe Grimbert, Grasset, 213 p, 16 €

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One thought on “La mauvaise rencontre, Philippe Grimbert”

Commentaire(s)

  • guilcher

    Excellent roman sur l’amitié, l’ascendant d’une personne sur une autre, la maladie, la mort. Egale en qualité « le secret ».
    Auteur à suivre

    juillet 20, 2009 at 16 h 43 min

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