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La main d’Iman de Ryad Assani-Razaki, des voix d’Afrique Noire

02 janvier 2013 | PAR Tatiana Chadenat

Récompensé par le prix Robert-Cliche en 2011, La main d’Imam, premier roman de son auteur Ryad Assani-Razaki, sort en France le 3 janvier 2013. Le récit brosse des portraits d’écorchés vifs issus de quartiers défavorisés d’Afrique Noire, et se concentre sur les relations opaques qu’ils entretiennent entre eux. Leurs épopées tragiques et poignantes, utilisées pour tracer un chemin de croix de l’immigration, bousculeraient n’importe quel lecteur mais parviennent difficilement à se soustraire de la lourdeur de style de son auteur.

Tressée à travers la vie des personnages, leurs relations tumultueuses, leurs histoires bien malheureuses, l’intrigue mouvante du roman nous tient en haleine du début à la fin. Le livre est rythmé par les voix des personnages qui narrent à tour de rôle leur chemin de vies enchevêtrés par chapitres interposés. Dans la forme aussi, les chapitres sont liées entre eux par une coquetterie de l’auteur, puisque chacune de leur dernière lettre mise côte à côte forment le mot « immigration », mis en valeur à la fin du livre. L’auteur, originaire du Bénin, s’est inspiré de faits réels pour construire son récit. Et ils sont durs à lire. Tour à tour Toumani, Hadja, Zainab, Désirée, Alyssa, prennent la parole et déroulent leurs histoires misérables. En filigrane, on découvre Iman, qui ne prend jamais la parole en tant que tel. L’absence de narration, symbole de la place qu’il ne trouve pas dans la société.

Petit à petit, les voix s’étouffent et le récit se ressert sur l’amitié des contre héros : Toumani, un jeune africain vendu par ses parents pour trois sous, Iman, l’enfant non désiré de Zainab, issu d’une union métissée, et Alyssa, une jeune esclave. Les malheurs racontés jusqu’alors, racisme, prostitution, violence des gangs, violence physique, sexuelle, et l’héritage palpable de la colonisation, ce tableau bien sombre dressé par l’auteur prend l’effet d’une toile de fond. Le trio – Iman, Toumani, Alyssa – est au premier plan. Les sentiments complexes entre les personnages animent le récit, et traversent aussi son lecteur.

Les deux temps du roman font écho à la dualité de styles qui se relayent. Parfois simple, épuré de toute singularité de langage, l’écriture est souvent pataude, et éloigne le lecteur de la profondeur réelle du récit. Les thèmes abordés y sont multiples. Par dessus tout, ce qui imprègne les lignes de ce roman, c’est cette idée d’une fatalité de la vie, de prédestination. A l’image de Toumani, qui n’est que le reflet de la violence dont il a été victime. Les histoires oppressantes servent également l’auteur qui a cherché à démontrer dans ce roman, la force majeure qui pousse l’homme à prendre le chemin de l’immigration. Et il y parvient largement. C’est à cet endroit qu’il faut trouver la richesse du récit. Il donne à réfléchir.

La main d’Iman de Ryad Assasni-Razaki ; Collection « littératures » ed. Liana Levi. 335 p. 20,50 Euros.

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