Livres

La jeune-fille en fleur de Virginie Mouzat

29 juin 2010 | PAR Yaël Hirsch

Remarquée pour son premier roman l’an dernier « Une femme sans qualité », prix Coup de cœur Marie-Claire, Virginie Mouzat est dans les starting-blocks de la rentrée Albin Michel avec « La vie adulte ». Un roman d’apprentissage en banlieue pavillonnaire au début des années 1970 d’une poésie directe et incisive. Sortie le 19 août.

Années 1970. Après avoir insisté pour obtenir une maison dans la banlieue parisienne et traîné sa dépression et son manteau de fourrure du lit aux mondanités, la mère de l’héroïne disparaît du jour au lendemain. Le père ne dit rien aux enfants, fait la cuisine, et s’occupe d’eux. Il semble payer une dette immémoriale quand il traverse le périphérique à plusieurs reprises pour donner quelques affaires laissées derrière elle à la femme déserteuse. Tandis-que le grand frère de l’héroïne s’éloigne d’elle pour devenir un adolescent banal (sexe, mutisme et nuits blanches), la jeune fille semble très seule pour essayer de comprendre le départ de la mère. C’est un cours de photographie à Paris et une manifestation pro-IVG qui lui font comprendre ce qu’est une vie de femme, et quel prix il faut payer pour la vivre librement…

Avec peu de mots, et des phrases courtes, volontiers tronquées pour marquer le vide, Virginie Mouzat parvient à charmer et choquer son lecteur. Les ellipses du texte sont ses plus grandes forces, et laissent planer un climat menaçant sur la parenthèse enchantée qu’ont été les années 1970. Retraçant avec maestria le climat de cette époque de liberté sexuelle et de consommation de masse, l’auteure nous rappelle que pour les femmes, le combat n’est jamais gagné, que la vraie liberté se paie très cher, surtout quand elles sont en proies au désir contradictoire de vivre pour elles-mêmes ET de fonder un foyer. Un paradoxe plus que jamais vrai aujourd’hui. La solution suggérée par Virginie Mouzat tient dans un sillage de parfum, un mystère un peu suranné et toujours pesant, cet éternel féminin rétro et insaisissable que Todd Haynes avait chargé Juliane Moore d’incarner dans le film Loin du paradis (2002).

Virginie Mouzat, « La vie adulte », Albin Michel, 133 p. , 12.50 euros.

« Sur l’étagère, restaient d’autres produits de beauté mais lui seul demeurait le maître de l’intimité de ma mère, son Guerlain, éclipsant tout. Elle parfumait la doublure de son « mink » avec. Je l’avais vue faire une fois. Retourné sur l’envers, son manteau gisait sur une chaise près du lit et ma mère, le pouce bouchant à demi l’ouverture du flacon, secouait son parfum sur le tissu. Qu’est ce que tu fais ? Je lave mon mink, avait-elle répondu. Et je compris alors comment cette fourrure qu’elle ne lavait jamais, rapportée triomphalement un jour de courses à Paris, se chargeait à chaque fois d’un peu plus d’elle, de son odeur, des senteurs des villes, ce celles de Paris, de l’odeur de la Ford, de Chamade et du parfum de sa nuque où, une fois, j’avais senti ses cheveux pas très propres, une odeur unique, chaude, animale, attachée, me semblait-il, spécifiquement aux brunes. » p. 21

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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