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La Haine de l’arbre n’est pas une fatalité d’Alain Baraton, Aux arbres citoyens !

La Haine de l’arbre n’est pas une fatalité d’Alain Baraton, Aux arbres citoyens !

17 novembre 2013 | PAR Le Barbu

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Alain Baraton est le jardinier en chef des jardins du Trianon, du grand parc de Versailles et du domaine de Marly. Depuis 2003, il anime en direct le samedi matin et le dimanche matin la chronique jardin sur France Inter, où il est apprécié pour sa compétence, son humour et ses coups de gueule. Il est aussi l’auteur de nombreux livres à succès. La Haine de l’arbre n’est pas une fatalité est un pamphlet, un cri d’alerte pour qu’enfin les arbres soient respectés et protégés.

« C’était un petit jardin qui sentait bon le Métropolitain, qui sentait bon le Bassin parisien, c’était un petit jardin… Mais un jour près du jardin passa un homme qui au revers de son veston portait une fleur de béton. Dans le jardin une voix chanta : De grâce, de grâce, monsieur le promoteur, De grâce, de grâce, préservez cette grâce, De grâce, de grâce monsieur le promoteur, Ne coupez pas mes fleurs… »

En 1972, Jacques Dutronc écrit cette chanson qui nous raconte l’histoire d’un petit jardin qui va être détruit pour faire place à un parking. Cette année-là, on se soucie peu des jardins. La mode est alors au béton, et la priorité à la voiture. Aujourd’hui les mentalités ont un peu changé. Écologie, biodiversité et développement durable sont devenus des mots communs. Le gouvernements successifs ont déployé beaucoup d’énergie en colloques et sommets sur la nature et la nécessité de la protéger. Mais les espaces verts sont toujours menacés, que se soient pour des raisons de sécurité, des raisons pratiques, parce que le maire l’a tout simplement décidé, ou pour construire un court de tennis qui ne sera utilisé que 15 jours par an… Il y a dans notre société de nombreuses raisons de s’indigner et de se révolter face aux multiples outrages que les hommes font subir à notre patrimoine naturel et forestier.

« Les hommes ont toujours su préserver les merveilles architecturales. Je n’ai pas la connaissance qu’une cathédrale fut démolie ou amputée d’une nef pour créer une ligne de tramway. Je n’imagine pas un instant un château rasé pour laisser place à une autoroute. Je n’imagine pas une statue ou une fontaine cassée pour agrandir un trottoir. Alors de grâce, faisons de même pour les vieux arbres, véritables témoins privilégiés de plusieurs siècles d’histoire de notre pays. Respecter les arbres, c’est respecter la vie ».

Souvent dans nos sociétés nous considérons l’arbre comme un bout de bois inerte, seulement utile à fabriquer du mobilier ou des cagettes… Nous ne considérons pas l’arbre comme un être vivant. Nous ne sommes donc pas conscient des outrages et de la souffrance que nous leur faisons subir. Les arbres de nos villes sont ceux qui souffrent le plus, les racines coincées dans le bitume et le béton, à respirer un air pollué, gravés, tagués, et qui subissent des tailles pour raisons de sécurité ou d’entretiens qui les blessent littéralement. Un peu comme si le coiffeur vous découpait le cuir chevelu pour raisons de soins capillaires… Vous souffririez sûrement beaucoup des chairs à vifs de votre crâne… Pour les arbres c’est la même chose : les tailles de branches trop courtes, soit disant faites par des sociétés spécialisées, sont des plaies qui mettent du temps à cicatriser. Dans nos villes les arbres ne sont pas la priorité, et toutes les raisons sont bonnes pour l’abattage. Alors on nous parle de biodiversité, mais chaque abattage d’arbre est synonyme de destruction de niches écologiques dont dépend toute une faune et une flore urbaine. Vous me direz, la ville n’est le milieu le plus propice à la vie végétale et animale. Ni humaine d’ailleurs. Et vous aurez raison.

L’arbre peut aussi se retrouver sur le banc des accusés. Un mec bourré au volant de son véhicule et en excès de vitesse se tue en percutant un platane. La faute à qui ? Surtout pas au mec bourré… Alors on rase toute la rangée de platanes qui borde la route pour raison de sécurité. Et c’est comme ça pour tout. Toxicomanie, tabagisme, alcoolisme, c’est de la faute du produit, pas du consommateur… Un requin attaque des baigneurs l’été sur une station balnéaire. Il faut exterminer tous les requins pour « raisons de sécurité », sans se poser la question de l’invasion par l’Homme de tous les littoraux de la planète depuis l’engouement dans les années 1960 de la baignade et des loisirs de plage. Nous ressemblons beaucoup à une otarie pour un poisson « sanguinaire », « violent » et très très « méchant » qui était sur la planète depuis bien plus longtemps que nous, et ne pense qu’à se nourrir pour vivre. Les accidents de la route ne sont-ils pas plus meurtriers que les requins… Bref…

La colère d’Alain Baraton sur le sort des arbres est Notre colère. Une colère quotidienne face à l’absurdité de nos comportements. Notre évolution, et nos modes de vies nous ont totalement coupé de notre environnement au point que nous ne sommes plus capables de voir, et de lire les signes avant coureur d’une crise profonde, qui ne sera pas économique, mais qui verra la disparition de nos moyens de subsistance. La fin de notre monde ne viendra pas d’une comète, mais de la consommation sans limites de nos ressources et de la destruction systématique de l’habitat naturel. Nous en sommes responsables chaque jour, et ce, à une vitesse inouïe…

Aux arbres citoyens !

Alain Baraton, La Haine de l’arbre n’est pas une fatalité, Actes Sud, octobre 2013, 160 pages, 17.50 euros.

Philippe Dufay, Georges Bernanos
La soirée « Cabaret Guetto » à l’Alimentation Générale le vendredi 22 novembre
Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

3 thoughts on “La Haine de l’arbre n’est pas une fatalité d’Alain Baraton, Aux arbres citoyens !”

Commentaire(s)

  • evelyne

    Merci, grand merci pour ce livre.Mais que faire?
    La mise en place du tram a été une catastrophe pour les arbres de la ville et à présent, nous sommes confrontés dans mon quartier à la décision de vouloir abattre un cèdre à notre avis centenaire. Nous nous insurgeons .
    Toutes suggestions de votre part pour nous aider dans notre combat seront les bienvenues.
    Merci de votre attention
    Evelyne
    Tours 37

    mai 28, 2015 at 13 h 41 min
  • evelyne

    j ai omis de vous dire que je prends grand plaisir à lire et relire et rerelire ce livre dans le tram !!!
    celui là même qui à servi d’excuse pour en faire abattre des dizaines
    Evelyne

    mai 28, 2015 at 13 h 45 min

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