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La femme au miroir de Éric-Emmanuel Schmitt, ode aux femmes

25 août 2011 | PAR La Rédaction

Trois femmes. Trois époques. Trois destins croisés. Et un seul et même constat plus ou moins conscient : une inadéquation entre leurs aspirations profondes et leur siècle. Le miroir qu’on leur tend ne les reflète pas.

« On ne naît pas femme, on le devient » écrivait Simone de Beauvoir. On n’est pas spontanément soi, on le devient, nous livre avec pertinence Éric-Emmanuel Schmitt. A fortiori quand on est une femme, la société étant faite par l’homme et pour l’homme. Les femmes se retrouvent contraintes à entrer dans le moule des attentes des autres, particulièrement de la gent masculine. Mais y a t-il une fatalité à subir ? « Quand on sait de quel bois on est fait, on se sculpte. On ne troque pas sa matière première. » nous dit Delphine de Malherbe. Ces trois femmes vont par conséquent refuser de rester spectatrices de leur vie, d’une vie qui ne leur convient pas. A bas la docilité ! L’heure est à la résistance. Au combat.

Ainsi, au temps de la Renaissance, Anne de Bruges, le jour de son mariage, réalise soudain qu’elle n’est pas faite pour cette union. Elle profite alors d’un moment d’inattention pour s’enfuir et trouve dans la religion l’apaisement de son âme.
A l’aube du 20ème siècle, Hanna, dans la Vienne impériale, épouse d’un homme doté de toutes les qualités, le genre de parti qui ne se refuse pas, achoppe à lui donner l’enfant qu’il attend. Doit-on parler « d’instinct maternel » ? Être femme et épouse implique t-il obligatoirement de devenir mère? Après une grossesse nerveuse, elle tente de comprendre pourquoi son corps refuse obstinément de porter un enfant et se tourne vers la psychanalyse. Mettre des mots sur ses maux. Trouver la voie de sa voix. Et se réaliser. Anny, quant à elle, est une star hollywoodienne contemporaine. Sur les planches depuis l’âge de cinq ans, elle a toujours à son insu suscité les fantasmes et les désirs des hommes. Et bien souvent y a cédé. Mais qu’en est-il de son propre désir les concernant ? Plutôt que de chercher une réponse, elle a jusqu’ici noyé ses doutes et ses insatisfactions dans les médicaments et la drogue. Mais aujourd’hui, l’image que lui renvoient ceux qui l’adulent et l’entourent lui est insupportable. Elle étouffe dans sa camisole chimique. Besoin d’air. Besoin d’être.

 

Trois histoires qui se fondent et se confondent subtilement en une seule et même ode aux femmes, interprétée par la remarquable plume de l’auteur. Loin de s’asseoir dans un fauteuil de lamentations et d’attendre un improbable changement, elles prennent en main les rênes de leur vie. En quête de liberté, de leur mission, de leur vérité.
Ou quand l’incroyable complexité des femmes est mise à nu par le regard sensible, humain et indiciblement juste d’Éric-Emmanuel Schmitt…

Éric-Emmanuel Schmitt, La femme au miroir, Albin Michel, I456 p., 22 euros. ISBN : 9 782226 229861

« Par différente », elle exprimait ce gouffre qu’elle voyait entre ses joies et celles des autres, cette solitude qu’elle éprouvait lorsque les gens racontaient ce qui les passionnait, ses réticences à exprimer sa pensée qu’on ne saisissait jamais. La monnaie des langues et des idées qui avait cours parmi les hommes, Anne ne savait pas s’en servir : aucun mot ne revêtait la même signification pour elle et pour ses interlocuteurs. En famille ou en société, elle se sentait exclue. » p. 89.

 

Karine Flejo.

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