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La fabrique des jeunes gens tristes, de Keith Gessen

19 février 2009 | PAR Thomas

gessen_jeunes_gens_tristesAuteur américain d’origine russe, contributeur régulier du New Yorker et du New York Times, Keith Gessen, nous livre son premier roman. Mêlant réflexions historiques, sujets d’actualités politiques, et vie sentimentale, La fabrique des jeunes gens tristes décrit les évolutions d’une jeunesse pleine d’idéaux et d’avenir.

Mark écrit une thèse sur les mencheviks qu’il peine à finir suite à sa récente rupture avec Sacha, son ex-femme. Sam veut être l’auteur du grand roman sioniste, mais n’est jamais allé en Israël et ne parle même pas l’hébreu. Enfin, Keith soutient la candidature d’Al Gore tout en essayant  de se faire un nom dans le monde de la presse politique.

Les « jeunes gens tristes », comme l’écrit ironiquement l’auteur, représentent d’abord l’archétype d’une génération : des jeunes intellectuels qui veulent grandir trop vite, qui ont trop lu, et qui n’ont indéniablement pas assez vu et vécu. Mark et Sacha, déjà, économisent : « Ils économisaient sur le jus d’orange, le pain de mie, ils économisaient sur le café. Sur le ciné, les magazines (…) ». Ils caressent déjà le rêve de la vie de famille et de son coûteux mobilier. Pour ces trois personnages, la tête plongée dans les bouquins, le monde qui les entoure ne semble recéler aucun secret, si ce n’est les affres du sexe et de l’amour, seules choses avec lesquelles ils ont un rapport concret. Peu à peu les premières déceptions se font jour, et ce futur prometteur laisse place à un présent amer. Les belles idées formées à la hâte dans ces jeunes esprits impétueux s’estompent. Puis, vient le moment, où même le désespoir, les regrets, lassent. Il faut prendre des décisions, bonnes ou mauvaises. Au plus près de la réalité, Mark, Keith, et Sam ne sauraient quoi vraiment penser et affirmer avec certitude. Seulement, ils ont vu, et peuvent maintenant donner substance à leurs idées.

Keith Gessen a un style réfléchi, une écriture figée qui porte quelque peu préjudice au début de son roman. L’écriture des premières pages, peu spontanée, contrairement au monde véhément de la jeunesse étudiante qu’il décrit, manque de mordant, et sonne un peu creux. En avançant dans l’histoire, les personnages prennent quelques années et l’auteur, sans doute plus familier avec cet environnement, délie sa plume. Pas complètement toutefois ! Le récit reste très concentré, et aurait mérité d’être dégrossi, tissé de manière plus méticuleuse, afin d’amener plus subtilement les changements importants. Constat somme toute assez logique, pour un livre de trois cents pages contenant trois histoires différentes…

Néanmoins, grâce à des détails historiques et littéraires intéressants – concernant la Russie du XXe siècle notamment -, et des témoignages sur le conflit israélo-palestinien, la lecture est tout de même haletante. Quelques passages préfigurent déjà un talent certain.

Pour un premier roman, le résultat est satisfaisant et prometteur, reste à Keith Gessen à approfondir les thèmes qui lui sont chers et à permettre à sa plume quelques audaces.

La fabrique des jeunes gens tristes, Éditions de l’Olivier, 300 p, février 2009 – 21 euros.

« Personne ne m’arrêterait jamais chez moi, ne m’emmènerait dans un sous-sol de la Loubianka, ni ne me tirerait une balle dans la nuque. Pourtant je savais ce que le livre de Morris me disait, ce que le livre qu’il ne termina jamais me disait. Dans ce train, sur ces rails, une prémonition de la vérité m’effleura. » (p 99)

Thomas Gérard

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One thought on “La fabrique des jeunes gens tristes, de Keith Gessen”

Commentaire(s)

  • dichy

    Excellente critique, toute en nuance. incite à acheter ce premier roman d’un auteur inconnu.

    mars 5, 2009 at 18 h 29 min

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