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Jean-Jacques Pauvert revient sur 4 000 ans d’érotisme

Jean-Jacques Pauvert revient sur 4 000 ans d’érotisme

30 mai 2011 | PAR Yaël Hirsch

Après avoir relevé le gant de publier une anthologie de la littérature érotique (Stock, 2001), l’éditeur de Sade, Bataille, Pauline Réage a accepté le défi d’écrire en 350 pages une Histoire de la littérature érotique mondiale. Le résultat est toujours aussi séduisant. Dans un style limpide et non sans humour, Jean-Jacques Pauvert commence en Egypte à l’an – 200 avant Jésus-Christ pour arriver aux dernières querelles autour d’un genre d’autant plus précieux qu’il est en voie de disoparition. Un grand œuvre qui se paie le luxe de la simplicité.

Si l’écriture commence vers – 5000 en Mésopotamie, Jean-Jacques Pauvert y décèle les premiers récits érotiques en l’an – 2000 avec la légende d’Eblil et Ninlil. Se dirigeant avec élégance et en courts chapitre, tour à tour en Inde, en Chine, en Grèce puis à Rome, pas forcément beaucoup plus prude qu’Athènes, comme le voudrait la légende. Il  fait un petit tour de l’Europe au Moyen-Âge, des raffinements de l’Italie, aux bons goliards tout aussi férus de textes et de chair. Bien sûr Jean-Jacques Pauvert n’oublie pas les Arabes et les Perses, ni les japonais, qui mis à part une parenthèse enchantée du XIe au XIIIe siècle, ne retrouvera plus la liberté de ton que nécessite la littérature érotique avant les années 1960. Au fur et mesure qu’on avance dans le temps, plus de manuscrits, d’imprimés et donc plus de traces existent, et Jean-Jacques Pauvert offre des chapitres de plus en plus longs. Il concentre environ un bon tiers de l’ouvrage sur les 70 dernières années, qui correspondent à son expérience personnelle dans l’édition de la littérature érotique et ses réactions aux rapides transformations d’un genre de plus en plus difficile. Gentleman et surtout passionné, il met en avant à tarvers deux chapitre l’irruption des femmes dans l’écriture érotique ; fin et ironique, il se permet parfois de moucher au passage les « Partouzes sans joie » de Philippe Roth (p. 256) et se moque gentimement de Benoîte Groult quand elle tente d’écrire le désir autrement en tant que femme dans « Les vaisseaux du cœur » : succès mitigé de l’entreprise, mais succès franc du roman qui libère les plumes féminines…

Faisant œuvre d’Historien, Jean-Jacques Pauvert ne fait jamais la leçon. Il cite juste ce qu’il faut de certains textes anciens ou contemporains pour leur donner leur devant de la scène et donner envie au lecteur de les lire. Surtout, son avant-propos solide, vient sceller l’armature droite de l’essai. Et en donner le ton. Plutôt que d’administrer des vérités sur l’érotisme, Jean-Jacques Pauvert met son autorité incontestée en la matière au service de la réflexion et du questionnement. En ce sens, parce qu’il donne envie d’aller plus loin et de se (re)plonger dans les richesses de nos délicieux enfers, « métamorphose du sentiment érotique » est – au niveau intellectuel du moins- un vrai texte… érotique.

Jean-Jacques Pauvert, métamorphose du sentiment érotique, JC Lattès, 350 p., 20 euros.

« Classer un texte ancien ; érotique ou non? … Dans un texte qu’on peut étiqueter comme érotique, sa lecture de l’époque et l’intention de l’auteur comptent énormément. Or on ne peut pas déterminer cette intention ni cette lecture de l’époque, dès lors qu’on ne sait pas exactement comment ses mots sont employés par lui – ni comment ils sont lus. C’est donc sous notre regard d’aujourd’hui, avec notre sensibilité d’aujourd’hui, que nous tentons de situer les textes – au risque de nous égarer. » p. 28-29

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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