Livres

Ils ont tous raison de Paolo Sorrentino

17 septembre 2011 | PAR Sixtine de The

Actuellement sur grand écran avec « This must be the place », Paolo Sorrentino vient de publier la version française de son nouveau roman chez Albin Michel. « Ils ont tous raison » retrace la vie de Tony Pagoda, chanteur de charme sur le retour et égrène ses pensées sur le monde qui l’entoure. Un monde qui barbote dans le chaos mais qu’il avait pris l’habitude de consommer jusqu’à la lie. Le roman commence sur sa vie de rockeur cocaïnomane, entre la scène, les putes de Tim Square, ses amis ballots, sa femme transparente, tous ses dégoûts mal définis. Dans une Italie florissante des années 80, Tony s’amuse.

Lors d’une tournée au Brésil, il décide de changer de cap, et reste. Commence alors pour lui une vie d’ascèse au bord de la mer où il décide de tout liquider : l’argent, la gloire, le succès, son passé. Et surtout l’Italie. Il refuse tout contact avec son pays jusqu’au jour où un milliardaire cynique vient lui offrir 2,3 milliards de lires pour chanter le soir du Jour de l’An. Fasciné par la complaisance de l’argent sale, il se laisse séduire et rentre en Italie après dix-huit ans d’exil forcé où il avait appris taire, à observer de loin les autres, à sentir sans consommer.
« Ils ont tous raison ». C’est le principe de base que l’on apprend à cette ex-star assistée, principe à partir duquel « prospèrent la consommation et les comptes bancaires ». Car c’est ça la nouvelle Italie qu’il découvre, loin de sa bohème jeunesse dans le Capri des années 1950. Le pouvoir de l’argent. La nécessité de plaire. Un coup dur pour ce je-m’en-foutiste au grand cœur. Il se retrouve dans une Rome rocambolesque et désabusée où tout n’est que coups bas de petits malins sans vergogne. Adieu l’héroïsme des temps anciens. Tony ne reconnaît plus cette Italie puante où l’argent et le Botox règnent en maîtres, et où lui-même est réduit à l’état de clown grotesque d’une génération à jamais enfouie sous les décombres de la corruption.
Roman initiatique entre sublime et dérisoire, Ils ont tous raison dresse un portrait de l’homme moderne, fils naturel de Henry Miller et de Céline, dont la quête paradoxale oscille entre le cassage de couilles et le fabuleux. Une réponse ? Il n’y en a pas, on le comprend très vite. Sauf peut-être dans la langue, dans l’ironie, réponse détonante à l’absurde du monde. Tony Bagota se dessine derrière sa grossièreté inédite, et s’imprime dans l’esprit du lecteur : même s’il chante l’apocalypse de l’authenticité, c’est toujours avec la chaleur d’une éruption volcanique. Et derrière lui, on le sent, l’auteur s’éclate, il se livre. Le réalisateur de This must be the place (au cinéma le 24 août) chante à la gloire des déracinés bizarres, des excessifs dépressifs, dans une langue saugrenue et élaborée.

« Ils ont tous raison », de Paolo Sorrentino, traduit de l’italien par Françoise Brun, Albin Michel, 432p. 22.50 euros.

« Finalement, je crois que la vie n’est qu’un fabuleux cassage de couilles. Mais sur quoi faut-il se concentrer ? Sur le cassage de couilles ? Ou sur le fabuleux ? Ceux qui ne s’en font pas en restent au cassage de couilles, ça les rassure. Comme le 20h à la télé. Les autres, tu les vois se catapulter à pas d’heure, traverser la nuit, avides et névrotiques, perdus mais concentrés. Ils cherchent le fabuleux. Ils ne le trouvent pas. Parce qu’ils l’ont déjà vécu. Mais ils font comme s’il y allait y avoir un bis. Il n’y en a pas. »

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Sixtine de The

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