Livres

Fin d’année, fin du monde, fin de vie… : Nicolas d’Estienne d’Orves et Philippe Martin sur les traces de l’au-delà

24 décembre 2012 | PAR Jean-Paul Fourmont

En cette fin d’année, il a souvent été question de fin du monde et de fin de vie. Retour sur les récents ouvrages de Nicolas d’Estienne d’Orves sur Bugarach et de Philippe Martin sur le bien-mourir.

Bugarach, nous voilà…

Nicolas d’Estienne d’Orves, écrivain et journaliste né en 1974, vient de publier aux éditions Grasset une enquête intitulée Le village de la fin du monde. Rendez-vous à Bugarach.

Le monde devait finir le 21 décembre 2012, rappelle l’auteur de cet ouvrage insolite. Cette promesse d’apocalypse venait de l’antique calendrier maya, lequel était censé s’achever à cette date fatidique…

Toutefois, les deux cents personnes du village de Bugarach, petit village de l’Aude et aussi des Cathares, devait survivre au funeste cataclysme. Ce petit village est donc devenu le lieu de tous les fantasmes et… de toutes les déviations.

Dans cet ouvrage, Nicolas d’Etienne d’Orves, que l’on a vu sur tous les plateaux de télévision possibles, a écrit un portrait de ce village devenu si soudainement célèbre et de ses habitants. Et il a aussi rédigé un journal ésotérique sur le déferlement médiatique de tous les « fatigués » qui croient à la fin du monde.

Selon les missions interministérielles de vigilance et de lutte contre les risques sectaires, cette date (21 décembre 2012) serait la 183ème fin du monde, rien de moins…

Le succès du village de Bugarach est en partie dû à la proximité de la commune par rapport au village de Rennes-le-Château et du trésor de l’abbé Saunière. Rennes-le-Château est un haut lieu de l’ésotérisme, depuis bien longtemps et le restera probablement encore longtemps.

Que penser de tout cela ? Beaucoup de bruit pour pas finalement grand-chose. Peut-être Nicolas d’Estienne d’Orves aurait-il dû terminer son ouvrage après le 21 décembre, cela aurait été plus original.

L’ouvrage s’apparente un peu trop à une compilation de tout ce qu’on trouve sur le sujet sur Internet. Le tout est finalement un peu décevant, comme les interventions médiatiques de l’écrivain.

Philippe Martin propose un compagnonnage de la mort

Philippe Martin, spécialiste du fait religieux, enseigne l’histoire moderne à l’Université de Lyon 2. Il vient de publier une Petite anthologie du bien-mourir, avec le concours de la librairie Vuibert. Dans son ouvrage bref mais dense, l’universitaire a voulu étudier une « théologie de la piété ».

Tout le monde a peur de la mort, de la faucheuse, de la camarade, de la voleuse aux pieds noirs, de la grande moissonneuse, de la camuse, de la carline, de l’ange exterminateur, de la calanche, de la défaçon… Les synonymes sont légion et renvoient tous à la même triste réalité.

Autrefois, du XVe au XIXe siècle, il y avait toute une littérature sur l’art du bien-mourir, ou ars moriendi. Les êtres humains sont en effet les seuls humains à savoir qu’ils mourront. Pourtant, notre société refuse la disparition, la décrépitude, la mort réelle. Dans le même temps, paradoxalement, les médecins légistes deviennent de plus en plus souvent les héros de séries télévisées ou de films.

Le refus de voir la mort est un instant de la vie du monde. Il y a une véritable histoire de la mort. Certains élus discutent d’un rituel républicain des obsèques ou de l’euthanasie. L’Eglise a créé une liturgie propre, moyen de prendre congé du disparu et de prendre en compte les survivants. Beaucoup se sont penchés sur la mort, comme Albert Camus par exemple. La douleur et la décrépitude sont aujourd’hui considérées comme des injustices, ce qui contribue à changer la définition de la mort.

Le livre de Philippe Martin pourrait se résumer au célèbre aphorisme de Montaigne, selon lequel « philosopher c’est apprendre à mourir ». Philippe martin contribue à éclaircir la mort grâce à son introduction didactique ainsi qu’à sa présentation de textes sur la mort, sa préparation et son accompagnement.

Nicolas d’Estienne d’Orves, Le village de la fin du monde. Rendez-vous à Bugarach, Grasset, novembre 2012, 297 p., 19 euros.
Philippe Martin, Petite anthologie du bien-mourir, Vuibert, septembre 2012, 160 p., 13,90 euros.

Le Top « Rien que pour vos yeux » : le plus bel homme de 2012
Machiavel expliqué par Patrick Boucheron
Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *