Fictions
« White Trash » de John King : descente aux enfers dans la société britannique

« White Trash » de John King : descente aux enfers dans la société britannique

21 septembre 2014 | PAR Audrey Chaix

Dans une banlieue déshéritée de Londres, Ruby, infirmière, croise la route de Mr Jeffreys, chargé de rationaliser les coûts dans l’hôpital où elle travaille. Pétrie de bonté et de compassion, Ruby ne voit de mal nulle part, et se dévoue corps et âme à ses patients. Quant à Mr Jeffreys, du haut de la tour d’ivoire que constitue la chambre d’hôtel où il dort pendant le temps de sa mission, il incarne l’idéal du néo-conservateur qui estime que le système de l’Etat providence a fait son temps. Les tréfonds de son âme cachent cependant de bien noirs secrets… 

[rating=3]

white_trashWhite Trash ne se laisse pas apprivoiser facilement. White Trash est un livre âpre, rude, qui se mérite. Parce que la langue de John King se refuse à la facilité, se dérobe à un trop grand confort pour le lecteur. Deux points de vue s’alternent au fur et à mesure des chapitres : celui de Ruby, la jeune infirmière pleine de compassion, inconsolable lorsque l’un des patients avec lequel elle a tissé des liens meurt, et qui, le soir, sort en boîte avec ses amis, fume des joints et se couche aux petites heures du matin. C’est avec elle que commence le roman, et à travers ses yeux, King nous plonge dans une longue séquence aux phrases interminables et à la ponctuation rare, d’apposition en apposition. Une formidable plongée dans la conscience de son personnage, qui trouble le lecteur dès les premières pages.

L’autre point de vue, c’est celui de Mr Jeffreys, homme bien né, de bonne éducation, chargé de rationaliser les coûts et les effectifs dans l’hôpital où travaille Ruby. L’écriture des chapitres qui lui sont consacrés contraste violemment avec celle des chapitres de Ruby. Le roman n’est pas écrit à la première personne, mais c’est tout comme : les voix de Ruby et de Mr Jeffreys ne se confondent jamais, chacune évoquant le monde dans lequel vit le personnage, deux mondes totalement imperméables qui mettent bien du temps à se rencontrer. Lorsque cela arrive, le clash est violent, mortel, et montre avec cynisme que la grandeur d’âme ne se mesure pas à l’aune de l’éducation, que le petit peuple, cette « vermine blanche » tant méprisée par Mr Jeffreys, est bien plus honorable que lui.

Ce livre coup de poing, à l’image de la couverture qui exhibe la radiographie d’un doigt d’honneur, se mérite : le lecteur qui aura eu le courage de s’habituer à l’écriture hachée, épileptique presque, des passages consacrés à Ruby, trouvera une récompense digne de son effort dans les dernières pages du roman, aussi effrayantes que saisissantes, et qui montrent bien la dérive d’un système où la société ne parvient plus à protéger les plus faibles. Glaçant.

White Trash, de John King. Editions Au Diable Vauvert. Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Clémence Sebag. Paru le 11 septembre 2014. 384 p. Prix : 22 €.

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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